Conférence des Présidents

des Associations de Professeurs Spécialistes

Compte rendu de l’audience accordée à la Conférence

par Monsieur Michel ROGER, conseiller auprès du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin

 

La Conférence des Présidents des Associations de Professeurs Spécialistes était reçue le 14 janvier 2004 à Matignon par Monsieur Michel Roger, conseiller auprès du Premier ministre.

 

La délégation était composée de :

Éric BOUQUET : Secrétaire général de la Conférence

Claude LOBRY : Secrétaire général de la Conférence

Catherine TISSANDIER : Vice-présidente de l’Association Nationale des professeurs d’Economie social et familiale

Danièle SALAMAND : Présidente de l’association des professeurs d’arts plastiques

Paul-André BUCHER : Président de l’association des professeurs d’économie et gestion

Françoise MALLARD: Présidente de l’association des professeurs de communication de l’enseignement public

Simonne MIRABEL : Vice- présidente de l’association des professeurs de communication de l’enseignement public

Michel SERCEAU : Vice-président de l’association des professeurs de lettres

Romain VIGNEST : Délégué du Bureau national de l’association des professeurs de lettres

Anne SOURIAU : Secrétaire générale de l’association des professeurs de philosophie de l’enseignement public

Gérard PONCHE : Vice-président de l’association des professeurs de sciences et techniques industrielles (URIF)

Madame DUCHENE : Présidente de l’association des professeurs de vente

M. HAMMOU-NAICHA : Vice-président de l’association des professeurs de vente

Bernard CAPDUPUY : Président de la société des langues néo-latines

Fernando SEGUY : Président de l’association des professeurs de musique

Claude Lobry, après avoir remercié Monsieur Roger d’avoir accepté de recevoir une délégation forte de 15 personnes, propose un plan pour la séance et présente la Conférence des Présidents en rappelant qu’elle existe depuis trente ans et réunit les associations sur une certaine idée de l’Ecole : elle n’est ni un parti politique, ni un syndicat, elle n’est ni de droite, ni de gauche. Elle a su peser sur les évolutions du système éducatif, ainsi, en 1990, lorsqu’il était question de mettre le baccalauréat technologique en contrôle en cours de formation, la Conférence a pu appeler autour d’elle les principaux syndicats de l’enseignement secondaire et supérieur, et ce front uni a réussi à faire abandonner ce projet. Lobry rappelle également l’initiative de la lettre ouverte au président de la République et remet alors à Monsieur Roger un dossier comprenant les principaux textes élaborés dans le cadre de la Conférence depuis une quinzaine d’années, parmi lesquels le communiqué de juin sur la crise de l'École.

Il ajoute que la Conférence prépare une réponse au questionnaire Thélot pour le début du mois de mars mais tient d’ores et déjà à émettre des réserves sur le débat Thélot en fonction des remontées d’informations provenant du terrain :

une faible participation aux débats, l’assistance est composée majoritairement d’initiés professeurs, représentants des parents d’élèves, élèves membres des CA... ;

la présence souvent d’animateurs professionnels qui orientent les débats et font preuve d’impartialité ;

l’absence de campagne de sensibilisation de l’opinion publique à la hauteur des enjeux comme on peut le constater pour les débats sur le voile, sur la laïcité ou sur la sécurité routière par exemple

l’absence de débats dans les entreprises ;

la difficulté à faire une synthèse objective des débats : les méthodes statistiques envisagées autour des phrases types et des mots clés paraissent très contestables, réductrices et appauvrissantes.

Monsieur Roger interrompt plusieurs fois Lobry pour affirmer la grande réussite de l’opération, insister sur le fait que c’est la première fois qu’un débat est organisé en France à une telle échelle, que les synthèses et les dépouillements seront faits de la manière la plus scientifique possible à partir des mots clés, que le débat constitue un exemple à suivre de démocratie participative...

Lobry espère que les politiques ne se serviront pas de la synthèse finale pour justifier leurs choix et qu’un véritable débat pourra avoir lieu à l’assemblée nationale.

Bernard Capdupuy demande alors pourquoi on n’organise pas non plus un grand débat dans les entreprises et Michel Serceau montre avec exemples à l’appui l’ambiguïté de la rédaction de certains points du questionnaire

Monsieur Roger répond que les entreprises sont indépendantes de l’Etat et que les questions ne contiennent pas déjà les réponses, ce qui est le plus important

Lobry propose de passer à la deuxième partie du plan proposé relatif aux positions fondamentales de la Conférence, la troisième partie devant être consacrée aux inquiétudes vis à vis de la situation actuelle. Il donne la parole à Romain Vignest de l’Association des professeurs de Lettres, pour traiter des finalités et des valeurs de l’École.

Transcription de l'intervention de Romain Vignest

Monsieur Roger assure que le Gouvernement n’est pas contraire à ces finalités, qu’il faut revenir à ces objectifs et recentrer l’école sur ces points fondamentaux et revaloriser le métier de professeur.

Mlle Souriau fait observer que pour répondre à ces finalités, les professeurs doivent avoir une double compétence : compétence dans la matière enseignée (compétence scientifique), et compétence pour savoir l’enseigner (compétence didactique). C’est pourquoi la Conférence a toujours lutté sur deux fronts :

pour la compétence scientifique, contre ceux qui disent qu’il suffit de « savoir enseigner » pour pouvoir enseigner tout et n’importe quoi (il est pourtant nécessaire d’avoir un haut degré de connaissance d’une matière pour y discerner ce qui est essentiel, et voir ce qui est élémentaire c’est à dire ce qu’il est besoin de savoir pour pouvoir ensuite en savoir plus ;

pour la compétence didactique, contre ceux qui pensent que les intervenants extérieurs peuvent prendre la place des professeurs. Il ne suffit pas de connaître très bien un domaine pour pouvoir l’expliquer à ceux qui n’en sont pas déjà familiers ; on l’a souvent observé. Au fond, nous combattons ceux qui croient que parce qu’une chose est nécessaire, elle est du même coup suffisante, et ceux qui croient que parce qu’une chose n’est pas suffisante, elle n’est pas nécessaire.

Michel Serceau intervient sur le métier de professeur. Il dénonce les confusions entre le métier de professeur et ceux d’autres spécialistes. A titre d’exemple, l’enseignant n’est pas un spécialiste de la psychologie... D’où la nécessité d’un travail d’équipe entre spécialistes. Nous ne voulons pas de bivalence ni de mépris pour certaines disciplines. Un enseignement disciplinaire n’exclut pas une interdisciplinarité qui repose sur l’existence même des disciplines dans le travail d’équipe

C’est ensuite au tour de Bernard Capdupuy, Président de la Société des Langues Néo-latines, d’intervenir sur la nécessité de restaurer l’autorité et la considération des professeurs.

Transcription de l'intervention de Bernard Capdupuy

Monsieur Roger précise que le LMD est nécessaire à cause de l’Europe (car autrement la mondialisation conduirait à universaliser le système américain), et qu’il ne remet aucunement en cause les concours de recrutement. Car les concours nationaux ne donnent pas des diplômes, ils donnent des postes de professeurs. (voir en annexe 3, sur le problème du recrutement des professeurs, le communiqué de la Conférence en date du 23 janvier 2003)

Le DEUG, la maîtrise, subsisteront aussi...

Eric Bouquet s’enquiert alors du « mastère professionnel ». Il se fera sur deux ans, en globalisant avec le DEA, répond M Roger. Il s’agirait surtout d’une initiation à la recherche. Le gouvernement n’est pas favorable à une délivrance du mastère par les IUFM...

Mlle Souriau observe que Bernard Capdupuy a parlé du caractère national que doivent conserver les concours de recrutement, mais la même question se pose sur le baccalauréat. Nos associations veulent qu’il reste un diplôme national (avec des épreuves anonymes) et ne devienne pas un diplôme d’établissement.

Claude Lobry constatant que l’heure avance et qu’il reste des questions importantes à examiner, propose que la position de la Conférence sur le baccalauréat soit remise par écrit à Monsieur Roger.

On aborde alors la troisième partie de l’audience sur les inquiétudes actuelles.

Danièle Salamand commence avec la réforme des collèges et demande quand le projet d’arrêté sur la classe de Troisième sera opérationnel. Monsieur Roger objecte que cela regarde le ministre de l’Education et non le Premier ministre mais qu'effectivement il a vu passer ce document. Ce serait pour 2004 ou 2005. Mr Roger demande à tous : « Vous ne trouvez pas qu’il y a trop d’options en Sixième ? » Madame Salamand insiste sur le caractère très général des projets actuels. On supprime des enseignements fondamentaux, l’optionnalisation généralisée met les disciplines en concurrence. Ces mesures sont très impopulaires, en 86 le ministère avait dû renoncer à mettre en place une première tentative d’optionnalisation. Les raisons de ces mesures sont d’ordre économique (enseigner au moindre prix) et compromettent l’équilibre qui serait pourtant nécessaire dans la formation des adolescents. Monsieur Roger conseille de s’adresser pour toutes ces questions au cabinet du ministre de l’Éducation et qu’il s’agit probablement de la mise en place des IDD et qu’il n’est pas bon de remettre en question de façon permanente les réformes en cours et qu’il n’est donc pas envisageable d’arrêter les IDD.

Danièle Salamand cite Tolstoï : « Les grandes œuvres d’art ne sont grandes que parce qu’elles sont accessibles et compréhensibles à tous » et dit que la Conférence ne saurait rester sans réagir face à ce projet d’arrêté s’il était maintenu (voir le communiqué).

On passe au dernier point relatif à la nécessité de maintenir les filières technologiques et professionnelles. Paul-André Bucher, président de l’Apeg ouvre ce nouveau chapitre.

Transcription de l'intervention de Paul-André Bucher

Monsieur Roger dit ne pas comprendre pourquoi l'APEG bloque ainsi sur la dénomination STG et veut à tout prix afficher la dénomination Economie Gestion

Bucher réplique que l’affichage est très important quand il s’agit du nom d’une filière...

Monsieur Roger répond qu’il a couru des bruits sur une disparition possible des IUT, ces bruits sont totalement faux. Les IUT ne seront pas supprimés. De plus la voie professionnelle doit pouvoir permettre la poursuite d’études.

Monsieur Roger ajoute qu’il faut bien sûr attendre les résultats du grand débat, mais il lui semble fort peu probable qu’il fera remettre en cause l’existence de la triple voie.

Françoise Mallard, présidente de l’APCEP soulève le problème de la suppression de sections de BTS. Monsieur Roger afirme que le BTS comme l'IUP n'était pas menacé et que seules les sections à faible effectif étaient supprimées. Pour Françoise Mallard, il semble que cela ne soit pas toujours le cas : à titre d’exemple elle cite la fermeture de 5 sections de BTS dans le Val d'Oise et d'une section de DPECF.

Catherine Tissandier, vice- présidente de l’ANPEFS, revient sur l’image des voies professionnelles auprès du public.

Transcription de l'intervention de Catherine Tissandier

Monsieur Roger reconnaît l’existence de grandes réussites dans les lycées professionnels ; l’image de ces lycées doit pouvoir s’améliorer.

Monique Duchêne, Présidente de l’APV, prend ensuite la parole :

Transcription de l'intervention de Monique Duchêne

Monsieur Roger attendu auprès du Premier ministre ne peut prolonger l’entretien. Il lève la séance, en demandant que notre réponse au questionnaire Thélot lui soit envoyée dès qu’elle sera prête et que lui soit remis par écrit tout ce qui avait été préparé mais n’a pu être dit dans cette réunion, faute de temps.

A Paris, le 5 février 2004

Pour la Conférence des Présidents

Claude LOBRY

Secrétaire général