ETRE PLP À l'APL, par Michèle Amar-Vignest*

Professeur de lettres-histoire (bivalence oblige...) en Lycée Professionnel, à Paris depuis 5 ans après l’avoir été 16 ans en banlieue, j’ai décidé de rejoindre mes collègues des Collèges et Lycées membres de l’APL. C’est en effet une cause commune qu’ont à défendre aujourd’hui, par delà et dans le respect de leurs spécificités, tous ceux qui enseignent les lettres du Collège à l’Université, car c’est une dégradation équivalente du niveau culturel et surtout linguistique des élèves et une semblable dénaturation de leur discipline qu’ils ont à affronter.

Même si les élèves des Lycées Professionnels sont le plus souvent très faibles dans les matières d’enseignement général, même s’ils sont pour une part plus importante qu’ailleurs issus de milieux défavorisés et d’origine immigrée, il n’est pas normal qu’après neuf années passées à apprendre le français, ils nous arrivent dans l’état d’indigence lexicale et grammaticale dont nous constatons qu’il est chaque année plus désastreux. Faut-il préciser combien ce handicap les pénalise dans la recherche et l’exercice d’un emploi, notamment dans le secteur tertiaire ? Cette faillite d’une pédagogie inepte imposée comme un dogme à l’école primaire et au collège est notre affaire à tous et tous nous devons exiger qu’un enseignement méthodique et conséquent de la grammaire, du vocabulaire et de l’orthographe (!) soit restauré dès les petites classes.

Nos élèves ont comme les autres droit aux lettres, droit à la culture littéraire. Les méthodes, les exigences, les exercices doivent leur être appropriés mais c’est bien aux grands textes, aux chefs d’œuvre d’une littérature qui est aussi leur patrimoine que nous voulons les conduire. Aussi devrons-nous, par exemple, dénoncer le scandale de sujets de bac pro très souvent non-littéraires, alors même que les programmes prétendent (et il faudra tenir bon sur ce point) que c’est la littérature qu’on leur enseigne.

Nos élèves, qui la plupart du temps zonent fort loin des belles-lettres, il s’agit pour nous de les y amener, les amener à se repaître de moelle et de miel, à méditer le sens des œuvres et à jouir de leur beauté, à s’élever et à s’extraire du cloaque dans lequel, sous des prétextes hypocrites, certains voudraient les maintenir. Aussi est-ce l’humain qu’ils doivent pouvoir mirer en la littérature, quand c’est l’humain que leur obture l’approche technicienne qu’on nous commande de pratiquer. Là encore la cause est la même partout.

La qualité de l’enseignement des lettres, la fidélité de l’enseignement aux lettres, outre qu’elles conditionnent la mise en valeur de la voie professionnelle, sont au fondement de l’émancipation et de la formation de la personne. Pour, sur tous les fronts, défendre les humanités, les professeurs de lettres doivent s’unir et agir de concert. C’est la raison d’être de l’APL, c’est la raison de mon adhésion.

*Professeur au LP Beaugrenelle, à Paris