III - De la pÉdagogie et des manuels
On ne peut pas, s’agissant des langues anciennes au collège, ne pas s’interroger sur l’efficacité des méthodes pédagogiques actuellement en usage et qui furent imposées avec dogmatisme. Si les élèves sont aujourd’hui aussi nombreux à souhaiter abandonner le latin en cours d’études, n’est-ce pas entre autres dû à ces méthodes ?
A. Les principes pédagogiques en vigueur
Il est incontestable que la pédagogie du latin a tenu à sacrifier au prestige des « sciences de l’éducation », lesquelles ont aussi affecté l’enseignement du français, avec les mêmes déboires et la même désaffection des élèves pour la matière concernée. On a pris le parti radical de rompre avec une méthode largement « déductive », qui allait de l’explication de la règle à son application, pour tout fonder sur la seule « observation des faits de langue par les élèves ». Ceux-ci étaient censés retrouver les règles de grammaire par eux-mêmes, selon une méthode « inductive » ; l’élève devait « construire son savoir ». Le même principe « constructiviste » a inspiré, en français, la méthode « globale » de lecture. L’analogie avec la méthode de lecture — on part du complexe pour espérer aboutir au simple — nous semble justifier, pour ces méthodes, le qualificatif de « globalisantes ». L’influence de la doctrine constructiviste est sensible dans la plupart de nos manuels de latin récents, tant elle fut (et est encore) considérée comme une vérité scientifique et incontestable. Peut-être a-t-on donné aussi dans l’illusion que les élèves d’aujourd’hui, plus avertis que ceux d’autrefois en maints domaines, avaient des points de vue d’adultes et que ce qui, peut-être, paraissait d’un intérêt secondaire à certains professeurs (la grammaire, les exercices répétitifs, l’absence provisoire d’un fonds littéraire) ennuyait aussi les élèves. Or nous constatons que, non seulement les élèves abandonnent en nombre l’étude des langues anciennes, mais que, même chez ceux qui persévèrent, les bases sont de moins en moins assimilées.