II - RedÉfinir la place du latin et du grec au collÈge

A. La nécessaire articulation des langues anciennes sur le français

L’étude des langues anciennes est bien sûr en elle-même une source d’enrichissement. On pourrait cependant en dire autant du reo maohi, de l’hindi ou du mandingue, et ce n’est pas là ce qui justifie la place singulière qu’elles ont toujours eue et doivent retrouver dans notre système éducatif. Le latin et le grec, certes de manières différentes, sont à l’origine de la culture occidentale qui n’a cessé de s’en nourrir. Aussi convient-il de manifester cette singularité en associant plus intimement leur étude à celle des autres disciplines et notamment du français : le grec et le latin n’appartiennent-ils pas d’ailleurs à ce qu’on nomme génériquement les lettres ?

En effet, il ne s’agit pas, comme on l’a trop et funestement fait depuis trente ans, de distinguer langue et civilisation, fût-ce pour dire que l’étude de la langue permet d’accéder à la civilisation. Ce que la connaissance de la langue permet vraiment, c’est d’une part une meilleure connaissance du français, d’autre part l’étude littéraire, et spécialement stylistique, des textes anciens, cette dernière enrichissant à son tour l’étude de la littérature française.

Il convient donc d’abord, en latin notamment, de sans cesse cheviller l’étude du vocabulaire et de la grammaire latins et grecs à ceux du français, comme de solliciter et de valoriser en cours de français (mais également en cours de langue étrangère) les connaissances acquises par l’élève en langues anciennes.

Il convient également de faire valoir dès que possible l’intérêt stylistique de l’accès au texte original. À cet égard, l’étude des textes peut servir de propédeutique, même modeste, à l’étude littéraire telle que l’élève la pratiquera en français au lycée : les textes en latin et en grec, en raison des propriétés de ces langues, mettent en œuvre des figures faciles à appréhender et riches de sens. L’effort fourni à l’apprentissage de la langue se trouvera dès lors couronné par le « plaisir du texte », un plaisir qui n’est accessible, précisément, que dans le texte.

Ainsi, une telle perspective présente l’avantage de valoriser le cours de langues anciennes et son apport spécifique aux autres disciplines. Elle aurait assurément un effet décisif sur le maintien des effectifs, comme sur le niveau des élèves.

Cet apport n’est pas le même en latin et en grec et leurs places dans notre enseignement en diffèrent d’autant. Ainsi, le grec, tout en ayant joué un rôle historique et philosophique fondateur, d’ailleurs plus immédiatement perceptible à la pensée, revêt, dès la découverte de l’alphabet, un caractère à proprement dire exotique, qui ouvrira et enrichira l’esprit de l’élève. Cela étant, et par ces raisons mêmes, l’étude du grec constitue pour l’élève un complément, certes précieux mais pas indispensable, et il est donc normal qu’il soit enseigné à un moins grand nombre de collégiens. Le latin, quant à lui, fut, pendant des siècles et naguère encore, familier à tout homme cultivé ; il n’a cessé d’irriguer notre langue et notre littérature, leur fournissant non seulement thèmes et motifs (comme le grec) mais informant l’écriture elle-même. Cette intimité, qui fait de lui un sésame irremplaçable pour travailler sur notre langue (et sur la plupart des autres langues européennes) et sur l’écriture littéraire, justifie qu’un maximum d’élèves l’aient pratiqué et qu’on lui réserve par conséquent une place privilégiée : une initiation pour tous en Sixième et un cours autonome dès la Cinquième.

B. L’initiation au latin pour tous en Sixième

Puisque de nombreux abandons entre la Cinquième et la Quatrième sont dus à ce que le choix du latin n’a pas été fait en toute connaissance de cause, il nous semble nécessaire de rendre obligatoire pour tous les élèves de Sixième une initiation au latin. La chose n’est envisageable que si, là encore, les programmes, l’organisation des cours et la pédagogie pratiquée rendent cette étude immédiatement utile à celle du français. Il va de soi par ailleurs que l’horaire et les ambitions en seront limités.

Nous préconisons donc une heure hebdomadaire comprise administrativement dans l’horaire de français. Le programme pourra consister en l’étude du système nominal et du système verbal, selon une progression parallèle à celle suivie en cours de français[1]. Il n’est pas indispensable que le même professeur soit chargé des deux enseignements.

  1. Les horaires

1) Une « vraie » première année de latin en Cinquième

Actuellement, les élèves peuvent choisir le latin en option en Cinquième à raison de deux heures par semaine dont l’objectif est mal défini, avant de poursuivre en Quatrième et en Troisième avec trois heures par semaine. L’instauration de l’initiation en Sixième permettra de transformer l’année de Cinquième en une vraie première année de latin, forte de 3 heures par semaine. En effet, les deux heures actuelles sont vues par beaucoup d’élèves comme une simple « initiation », à laquelle ils peuvent assister « en touristes ». De ce fait, le professeur hésite à leur faire commencer vraiment l’étude de la langue latine. Si, au contraire, le latin a été présenté aux élèves en Sixième, dans son fonctionnement grammatical, il est permis de penser que les latinistes de Cinquième auront fait un choix plus raisonné. On veillera cependant à ne pas conseiller cette option aux élèves dont le niveau ou la motivation paraissent insuffisants. L’année de Cinquième en latin n’aura donc plus vocation à être une année d’« initiation », mais une année de cours à part entière.

Les horaires seront alors les suivants :

Classe de Sixième

Initiation au latin pour tous les élèves : 1 heure par semaine, rattachée ou coordonnée au cours de français

Classe de Cinquième

Première année de latin : 3 heures par semaine

Classe de Quatrième

Deuxième année de latin : 3 heures par semaine

Classe de Troisième

Troisième année de latin : 3 heures par semaine

2) Le rétablissement du grec en Quatrième

Actuellement, l’étude du grec commence seulement en Troisième, à raison de trois heures par semaine.

Classe de Cinquième

 Initiation au grec pour les élèves qui le souhaitent : 1 heure par semaine

 Classe de Quatrième

 Première année : 3 heures par semaine

 Classe de Troisième

 Deuxième année : 3 heures par semaine

Il est souhaitable que, vers la fin de l’année de Sixième, ainsi que vers la fin de l’année de Cinquième si ses élèves ne suivent pas l’initiation au grec, le professeur de latin consacre quelques heures à des rudiments de grec. Un élève doit pouvoir s’inscrire en grec en Quatrième même s’il n’a pas suivi l’initiation en Cinquième.

En s’inscrivant au cours de latin en Cinquième, les élèves s’engagent à étudier une langue ancienne jusqu’en fin de Troisième : on leur permettra, s’ils le souhaitent, de passer du latin au grec à la fin de l’année.

Le latin et le grec doivent faire l’objet d’une épreuve écrite au Brevet des collèges, comprenant une courte version et une phrase de thème, avec dictionnaire.


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[1] Ce qui implique évidemment que soit rétablie l’étude spécifique de la grammaire française au Collège, comme le préconise la Première partie de ce rapport.