D. Le Brevet des collèges.

Dans ces conditions, il devenait urgent de réformer les épreuves du Brevet des collèges. Ce fut chose faite dans le Bulletin officiel n°31 du 9 septembre 1999 :

Les nouveaux programmes s’appliquent maintenant à l’ensemble des classes de collège. De ce fait les épreuves du brevet évoluent sensiblement.

En effet :

-          puisque l’on s’efforce de « valoriser les formes de graphie correctes », puisque l’on attache une importance essentielle à la capacité, pour l’élève de « savoir écrire son propre texte », il n’est plus possible de retenir la dictée comme seule forme de l’évaluation de l’orthographe ;

-          puisque les outils de la langue pour la lecture, l’écriture et la pratique orale sont envisagés au niveau du discours, du texte et de la phrase, il n’est plus possible de s’en tenir, en grammaire, à des questions appelant une réflexion purement phrastique ;

-          puisque l’objectif central de l’enseignement du français est la maîtrise des discours, il n’est plus possible de proposer deux sujets, l’un dit « de réflexion », l’autre dit « d’imagination », n’appelant pas une production discursive précise.

Cette réforme suscite de nombreux commentaires. Tout d’abord c’est la mise à mort de la dictée qui a le tort, aux yeux des réformateurs, d’impliquer une « évaluation négative » et de se référer à une « norme », dont la nouvelle pédagogie ne veut plus entendre parler. Désormais, l’évaluation devra être « positive », ce qui a conduit à la dictée de juin 2000 composée de 63 mots tirés des Misérables, dictée assortie de consignes de correction attribuant des points lorsque certains mots étaient correctement orthographiés. La voici avec les consignes de correction :

LE PETIT GAVROCHE

Pourtant il avait un père et une mère. Mais son père ne pensait pas à lui et sa mère ne l'aimait point. C'était un de ces enfants dignes de pitié entre tous qui ont père et mère et qui sont orphelins.

Il n'avait pas de gîte, pas de pain, pas de feu, pas d'amour ; mais il était joyeux parce qu'il était libre.

CONSIGNES AUX CORRECTEURS On attribuera 1/2 point pour la graphie correcte des mots suivants : Mais, à, aimait, ces, la marque du pluriel dans enfants dignes, pitié, tous, sont, orphelins, gîte, était, parce qu'. On enlèvera un maximum de 2 points pour d'autres fautes commises, à raison d'1/2 point par faute.

La conséquence absurde de cette prescription fut qu’une copie incompréhensible comprenant 29 fautes judicieusement placées, obtint 4 points sur 6 soit 13/20[1]. Cette manipulation ayant été dénoncée par de nombreuses associations et de nombreux professeurs, avec articles dans Le Monde et Le Figaro, les responsables décidèrent de ne plus donner de consignes positives pour la dictée. Il suffit de remarquer qu’elle ne compte que pour 6 points sur les 40 de l’épreuve pour en déduire que l’orthographe n’a guère d’importance aux yeux des réformateurs, bien qu’ils prétendent qu’elle est sanctionnée « tout au long de l’épreuve ». On cherche en vain comment. En effet, à cette dictée s’ajoute une épreuve de « réécriture » qui compte pour 4 ou 5 points, le total dictée plus réécriture devant être de 10 points. Il s’agit, dans cette difficile épreuve de réécriture, soit de faire passer un sujet au pluriel et d’effectuer quelques accords en chaîne, soit, plus difficile, de changer la personne et le temps. À d’autres époques, cela se pratiquait dès le CE2.

Après avoir réglé son compte à la dictée, on s’attaque ensuite à la grammaire de phrase, celle qui étudie les relations entre les propositions et entre les groupes de mots, celle qui permet de comprendre l’enchaînement des phrases d’un texte. Les questions posées, qui sont de plus en plus nombreuses — plus de quinze questions pointillistes alors que le barème est de 15 points — ne portent plus sur la grammaire à proprement parler : les refondateurs, ayant modifié les programmes en défaveur de ce type de grammaire, ont été contraints de modifier l’examen. Les questions, qui, avant cette modification, étaient réparties en questions de grammaire, questions de vocabulaire et questions de compréhension, ne peuvent plus se présenter sous cette forme, puisque le « cloisonnement » est interdit. De fait, les questions sont regroupées sous différents chapitres correspondant aux parties du texte, ce qui évite aux élèves d’élucider par eux-mêmes le contenu du texte. Ces questions portent, comme dans les manuels, sur le type de texte, le genre du texte, la situation d’énonciation, le repérage gratuit d’indices ; en outre, ce sont souvent des questions formulées de telle façon qu’elles contiennent la réponse dans leur libellé. Ces questions ne permettent pas de dégager le sens du texte et de montrer que le candidat a effectivement compris de « quoi parlait » le texte et, éventuellement, ce qu’il voulait démontrer : une fois de plus on est condamné à l’éparpillement, à un nombre pléthorique de questions ce qui, par le jeu des « arrondissements » au point supérieur, permet d’accorder des notes souvent disproportionnées par rapport au contenu des réponses.

Enfin, arrive la rédaction notée sur 15 points. Les élèves n’ont désormais qu’un seul sujet qui demande d’utiliser plusieurs formes de discours et ce sujet s’apparente le plus souvent à un sujet « d’invention » qu’à un sujet de réflexion, comme le nouvel exercice proposé aux candidats du baccalauréat. Voici un sujet donné en juin 2004 dans les académies d’Amiens, de Créteil, de Lille, de Paris, de Rouen et de Versailles :

Rédaction : 15 points

Comme Philippe Delerm, vous rédigez l’histoire d’un objet pris à la vie quotidienne, après en avoir établi une brève fiche technique.

Consignes :

Vous donnerez un titre à votre texte.

Il sera rédigé au même temps que le texte de Philippe Delerm.
Vous respecterez les différents types de discours qui s'enchaînent dans le texte de Philippe Delerm.
Votre texte présentera une mise en page pertinente.

Aucune exactitude technologique n'est attendue de la fiche technique.

Votre devoir ne comportera aucun dessin.

Vous respecterez la correction de la langue : grammaire, vocabulaire et orthographe.

Outre l’intérêt du sujet sur lequel on peut s’interroger, puisqu’on s’adresse quand même à des adolescents de quinze ans ou plus qui s’apprêtent pour la plupart à entrer au lycée, nous remarquons que des consignes sont données aux candidats afin de leur éviter au maximum de s’égarer dans des chemins de traverse : pas de dessin par exemple alors que le sujet en comportait un, le texte étant assorti d’une « fiche technique ».

En d’autres termes, la nouvelle épreuve de français du Brevet des collèges, calquée sur les nouveaux programmes, présente les mêmes défauts : aucune exigence tant du point de vue de la langue que de celui de la compréhension globale du texte, des questions insignifiantes mais libellées dans un jargon tel qu’il désarçonne souvent les candidats, incapables de comprendre ce qu’on leur demande — ou, pour les plus rusés, qui n’osent croire qu’on ne leur demande que cela, tant la réponse leur semble évidente —, un sujet de rédaction sans intérêt mais bien balisé, un sujet fort éloigné de la réflexion qui devrait préparer les élèves de fin de Troisième à l’entrée en classe de Seconde. Cette épreuve n’a plus aucune signification, elle a été vidée de sa substance, ce n’est plus un examen, c’est une formalité administrative qui marque la fin du collège : néanmoins, ce nouveau Brevet conditionne tout l’enseignement en amont.

Voyons maintenant dans quel état les élèves arrivent en classe de Seconde.


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[1] « Pour temps il avais un paire est une mer. Mais son pair ne pensé pas à lui et sa maire ne l'aimait poing. c'étaient un de ses enfants dinieux de pitié antre tous ki on perd et mêre ait qui sont orphelins. Ils n'avaie pas deux gîte, pas de pin, pas de feus, pas d'amoure ; mais ile était joiieu parce qu'il été libres. »