Codicille : l’invention des Itinéraires De Découverte.

Face à l'ennui supposé des collégiens et à leurs lacunes criantes en matière de langue, de chronologie et de calcul élémentaire, le ministère a imposé les Itinéraires De Découverte (IDD) aux classes de Cinquième en septembre 2002 et aux classes de Quatrième en septembre 2003. Ces « itinéraires de découverte » occupent les élèves deux heures par semaine et promeuvent la pluridisciplinarité, puisque deux professeurs de disciplines différentes travaillent ensemble.

L'exposé des motifs ne manque pas de panache et Jack Lang s’est surpassé pour vendre la pluridisciplinarité aux parents d'élèves dans la préface de Qu'apprend-on au collège ? On y reconnaît en particulier cette transparence orientée qui fait tout le charme des bonimenteurs pédagogiques d'aujourd'hui :

C'est une pédagogie : l'itinéraire de découverte doit servir la pluridisciplinarité. Pour parler comme Edgar Morin, nous tentons de réunifier le monde, en tout cas d'en comprendre la complexité et d'enjamber les frontières qui séparent les savoirs : la tâche n'est pas facile.

C’est ainsi qu’au lieu d’offrir aux collégiens des heures supplémentaires pour consolider leurs bases en langue, bases qui sont les vrais facteurs d’autonomie, on leur fait « construire des outils préhistoriques à partir d’os ou de silex bifaces » selon un des multiples exemples de réalisations préconisées par le ministère lui-même. Mais les suggestions du ministère vont encore plus loin : outre la fabrication « d’outils préhistoriques », la rue de Grenelle préconise, sans doute en cas de pénurie de silex, « la réalisation d’une maquette fonctionnelle de muscle ». Excusez du peu. Variante possible, « la représentation d’un homme de Néandertal en pied ou d’un homme de Cro-Magnon ». Les musées spécialisés n’ont qu’à bien se tenir !

On propose aussi « un défilé de costumes médiévaux sur des musiques d’époque » ; ou bien « la mise en scène d’une veillée médiévale avec troubadours, musiciens, jongleurs et conteurs », sans oublier « la réalisation d’un petit vitrail », le tout effectué par des élèves qui, à ce qu’on dit, confondent communément l’autel d’une église avec un podium. Un « défilé de mode » mettra un terme très actuel à ces joyeusetés.

Voilà donc les dernières trouvailles de l’Éducation nationale qui semble avoir perdu de vue depuis bien longtemps, la réalité de l’école et celle des carences des élèves. Mais l’important est, sans doute, de jeter de la poudre aux yeux et de faire croire aux parents que leurs enfants, ignorant tout de l’orthographe et des bases de leur langue maternelle, sont capables de réaliser un spectacle historique avec « son et lumière », voire de rivaliser avec les savants du Muséum d’Histoire Naturelle, ou même de remplacer Yves Saint-Laurent. L’orthographe, ce sera pour plus tard : ne se « forme-t-on pas tout au long de la vie », selon une phrase désormais célèbre ?

À moins que ce dernier gadget pédagogique ne soit chargé de vérifier un autre adage très prisé dans la bouche des pédagogues d'aujourd'hui :

« Les élèves ne savent ni lire ni écrire, ce n'est pas grave : ils savent autre chose ».

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