Conclusion : bilan des programmes du collège

De nombreux professeurs de Seconde se plaignent, dans la perspective des exercices du Baccalauréat que sont le commentaire et la dissertation, des quatre années de collège « décloisonné » qu’ont subi leurs élèves.

Selon certains, un tiers des élèves de chaque classe de Seconde a des difficultés d’expression et de compréhension liées à une mauvaise maîtrise de la langue française. Ils soulignent les problèmes d’orthographe très nombreux avec des copies qui comprennent entre trente et quarante fautes, voire plus. Mais le pire, c’est la méconnaissance de la grammaire française : ils sont incapables d’identifier les éléments d’une phrase, de les nommer et de les comprendre. Comment, dans ces conditions se livrer à un commentaire de texte ?

Les élèves ignorent aussi le temps des verbes, les pronoms, les propositions subordonnées puisque la notion même de proposition n’est pas assimilée. Ils font un mauvais usage des prépositions, des connecteurs logiques. Les nuances que permettent d’introduire ces instruments grammaticaux dans la pensée ne sont pas maîtrisées. Ainsi, par exemple, l’expression de la concession dans un texte argumentatif est-elle difficilement appréhendée.

Les professeurs de Seconde notent aussi des lacunes en vocabulaire, en particulier les termes abstraits, ce qui empêche les élèves de comprendre les textes ou de parvenir à une interprétation élaborée de ceux-ci. C’est surtout le vocabulaire de la morale et des rapports humains qui est concerné. De telles lacunes pénalisent autant l’analyse et l’interprétation des textes que l’expression elle-même.

Du point de vue de la méthode de travail, les élèves ont du mal à passer du concret à l’abstrait. Leur pensée reste donc le plus souvent « en surface » ; la plupart d’entre eux n’éprouvent ni l’envie ni le besoin d’approfondir la lecture du texte et s’en tiennent trop souvent à de la paraphrase.

À ce défaut, qui relève aussi d’une certaine immaturité et peut donc s’expliquer chez des adolescents de cet âge, s’ajoute une autre difficulté plus « handicapante » : en effet, nombre d’élèves de Seconde, s’ils n’ont pas de problèmes de compréhension des textes, éprouvent des difficultés dans les démarches respectives d’analyse et de synthèse, toutes deux nécessaires pour accéder en fin d’année aux méthodes du commentaire et de la dissertation. Ces démarches intellectuelles s’expliquent également par leur méconnaissance de la grammaire qui, par nature, oblige à opérer de telles opérations d’esprit.

Enfin, notons au terme de la Troisième, des problèmes d’organisation dans le travail comme dans la pensée. La difficulté à classer et à hiérarchiser des idées, que les élèves se contentent le plus souvent de juxtaposer, mais aussi le mauvais usage ou l’absence du brouillon, les empêche là encore d’acquérir rapidement la méthode des exercices du Baccalauréat.

Les élèves de Seconde connaissent donc les difficultés liées aux nouveaux programmes de collège : plus de grammaire de phrase, à cause des séquences obligatoires, plus de cours systématique de grammaire, d’orthographe, de conjugaison et de vocabulaire. L’étude parcellaire et formelle des textes au collège ne donne pas de méthode de travail, notamment la capacité d’analyser les textes puis d’en faire une synthèse. Le collège n’apprend plus aux élèves à structurer leur pensée, ce qui est très grave pour leur avenir personnel.

Enfin, des analyses de copies de bac ont été faites et montrent par exemple que sur un paquet d’une trentaine de copies, il y a en moyenne, dix-sept fautes par copie avec prédominance des fautes de grammaire sur les fautes d’usage. Une fois encore, le non apprentissage de la grammaire de manière construite est à mettre en cause. Le résultat le plus tangible de ces programmes aux allures très progressistes, c’est donc l’accroissement sans fin des lacunes en matière de maîtrise de la langue, pour tous. Les élèves perdent le vocabulaire grammatical le plus élémentaire, et ils sont désormais incapables de comprendre que la grammaire est une discipline qui suppose l’acquisition progressive et systématique de quelques connaissances simples et utiles.

C’est pourquoi il convient de remplacer les programmes en vigueur et l’Association des professeurs de lettres a des propositions à faire en ce domaine.

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