COMMUNIQUÉ DE PRESSE

 Le Bureau de l’Association des Professeurs de Lettres, réuni le samedi 25 janvier, a été informé du déroulement le mardi 14 janvier en Sorbonne, d’un colloque sur l’ennui à l’école. Cette opération du ministère de l’Éducation nationale, par ses présupposés, par le choix de ses intervenants, par l’intitulé des débats et de la table ronde finale, par ses relais médiatiques, était manifestement destinée à flatter une partie de l’opinion publique toujours friande de procès intentés à la transmission des savoirs, au savoir lui-même. Elle prolonge l’action entreprise ces dernières années qui prétendait mettre l’élève (en vérité l’enfant) au centre du système éducatif, et illustre l’imposture du lycée “ lieu de vie ” ; elle voudrait dissimuler et étendre au lycée l’imposture connexe qui fut d’imposer le même régime à tous les collégiens en supprimant la diversité des cursus.

L’APL estime qu’un ministre de l’Éducation nationale se déconsidère lorsqu’à renforts de publicité il désigne l’ennui comme un des maux les plus graves dont souffre l’école et qu’il avoue par là son intention de poursuivre la politique de démission de l’institution conduite par la plupart de ses prédécesseurs depuis trente ans.

L’APL considère en effet qu’il n’est d’autre remède à l’ennui que l’effort : s’affronter à l’ennui pour en triompher est la condition non seulement d’un profit réel mais aussi d’un plaisir authentique et non frelaté. L’APL met en garde contre le culte du divertissement qui, comme le montrait Pascal, permet de ne pas penser, détourne de toute introspection, dissipe toute capacité de concentration ; culte du divertissement qui, en scellant la passivité intellectuelle, en flattant et en confortant la tendance au zapping du futur citoyen, en substituant la séduction à l’instruction, suit une pente que tout lecteur d’Orwell qualifiera de totalitaire. Aussi est-ce bien plutôt contre l’indisponibilité d’esprits qu’une agitation médiatique effrénée ne cesse d’énerver et de disperser, une indisponibilité qu’il est trop facile et démagogique d’appeler “ ennui ”, qu’il convient de lutter pour les rendre capables de s’appliquer et de s’impliquer, de se cultiver et de s’évader — pour les faire accéder à la vraie liberté.

Toutefois, l’APL ne saurait contester que la vacuité des nouveaux programmes et l’inanité des critères auxquels sont condamnés désormais les élèves puissent effectivement les plonger dans un ennui mortel, dans l’angoisse même — l’angoisse du vide.

 Paris, le samedi 25 janvier 2003