Étude d’une œuvre complète : En attendant le vote des bêtes sauvages d’Ahmadou Kourouma,

 par Romain Vignest

 

 

Étude d’une œuvre complète :

En attendant le vote des bêtes sauvages d’Ahmadou Kourouma1

 

Le roman d’Ahmadou Kourouma paru en 1998, En attendant le vote des bêtes sauvages, outre qu’il constitue pour des élèves de Seconde une intéressante manière d’aborder la littérature francophone d’Afrique noire — ce qu’hélas nos collègues ne font que trop rarement —, permet de nourrir une réflexion sur le maniement du langage et des codes littéraires, puisqu’il repose sur la mise en abyme constante d’un récit d’ailleurs polyphonique.

Explications de texte

On commencera par étudier le prologue, qu’on comparera à ceux de l’Iliade, de l’Odyssée et de l’Énéide. Le texte se donne immédiatement comme une épopée, d’une part parce que le « héros », Koyaga, apparaît dès la première ligne, dans une présentation hyperbolique et martiale, associé à une nation et à un dieu, d’autre part parce qu’apparaît d’emblée, face à lui au centre du cercle des chasseurs, la figure de Bingo, le griot, le sora, assimilé à un aède : la mise en abyme traditionnelle des débuts d’épopées est ici hypertrophiée, annonçant déjà quel rôle essentiel jouera dans cette œuvre la parole du griot. Il doit prononcer le donsomana, le récit purificatoire de la vie du président Koyaga, récit présenté comme une « geste ». On notera, dès ces premières lignes, l’ambiguïté des paroles de Bingo et surtout la franchise de celles de Tiécoura, le cordoua, le bouffon, qui semble d’avance invalider l’éloge.

On étudiera ensuite le récit de la naissance et des premières années de Koyaga (page 22). Là encore il s’agit de la naissance merveilleuse d’un héros, antithèse du commun des mortels, dont résonne tout le cosmos. Là encore l’épopée se corrompt : épopée dégradée d’un nouvel Hercule aux prises avec des glossines, épopée inversée d’un enfant qui très vite ne restreint plus sa chasse aux animaux nuisibles, interdisant aux tourterelles de « jouir du repos ». « Quelles étaient l’humanité, la vérité, la nature de cet enfant ? », demande insidieusement Bingo : le héros est-il sur-humain ou in-humain, et n’est-ce pas finalement tout un ? Déjà s’affirme la retractatio satirique du style épique, procédé typique de Juvénal par exemple (voyez la Quatrième satire).

La présentation du marabout Bokano est un chef d’œuvre d’ironie. On analysera (pages 53-54, de « Un des dogmes de Bokano… » à «… la grande messe du vendredi. ») l’habile imposture de ce charlatan qui, sous couvert de piété, abîme ses talibets, venus à lui pour une sainte et spirituelle étude, dans une activité exclusivement manuelle et les met proprement en esclavage, à son très matériel profit. Bingo juxtapose des informations dont le lecteur doit rétablir la logique : Bokano ne se nourrit et ne se couvre que de ce qu’il a « lui-même » récolté et tissé (premier paragraphe), or (deuxième paragraphe) ses disciples sont de « talentueux artisans, agriculteurs et éleveurs »… La pointe sert de conclusion : « Le maître les nourrissait, les habillait, assumait tous leurs besoins matériels et aussi… spirituels. Oui, surtout spirituels ! » L’imposture consiste d’abord dans le détournement des mots que l’ironie du satiriste dénonce : « Les talibets disciples libérés de la sujétion du minimum de cinq prières journalières disposaient de tout leur temps pour besogner. » On pourra aussi confronter deux versions des origines de Bokano : le long et très vague récit lyrique, aux allures de conte de fée, de Bokano au commandant du cercle (pages 55 à 58) et le bref, neutre et brutal rapport de police remis audit commandant (page 58). Là encore, la différence des styles illustre le travestissement rhétorique de la réalité, l’utilisation cosmétique du langage. Enfin, on ne manquera pas de rapprocher le personnage de Bokano de celui de Tartuffe, en s’appuyant notamment sur la tirade d’Orgon dans la scène 5 du premier acte (vers 281 à 310) et sur les sophismes de Tartuffe dans la scène 3 du troisième2. La concupiscence de Bokano, apparaît dès ce chapitre et se confirmera dans le chapitre 20, spécialement à travers de fulgurantes asyndètes (page 298) : « Et aussi des maîtresses dans toutes ces villes [Paris, New York, Bruxelles]. Il va deux fois par an à la Mecque pour le hadj et le umra. »

Or c’est sur les pouvoirs du marabout et de sa géomancienne de mère, Nadjouma, que repose le pouvoir de Koyaga, sur la possession de deux objets magiques : un aérolithe et un vieux coran inventés par Bokano. Ainsi, au terme de cette première veillée, veillée archéologique où l’on rappelle l’origine de Koyaga, l’épopée de celui-ci et la finalité même du donsomana sont déjà gauchies. Le pouvoir de Koyaga repose sur la superstition, sa geste est une propagande que le sora déconstruit, et le récit purificatoire, censé permettre au dictateur de retrouver ces objets pour prolonger sa présidence, en détruit les fondements mêmes.

C’est à ce démantèlement du mensonge mythique qu’insidieusement se livre Bingo, dans le chapitre 5, le premier de la deuxième veillée. On en fera l’étude littéraire depuis la page 69. Le blanc typographique de la page 69 marque le passage du temps historique (Koyaga de retour de la guerre d’Indochine) à un temps mythique indéfini qui s’ouvre comme un conte de fées : « Il y avait après les montagnes, dans un vallon et au bord d’une rivière… » Il s’agit plus exactement d’un récit mythologique qui voit le combattant d’Indochine, tel un héros libérateur, délivrer le peuple paléo des monstres qui le terrorisaient depuis toujours : une panthère « qui vivait de chair humaine », un buffle noir, « le plus âgé des buffles de l’univers », un éléphant, dont les défenses avaient « le poids et la hauteur du tronc d’un jeune fromager », un caïman millénaire « de plus de dix pas ». Chacun de ces monstres est décrit avec force hyperboles, provient du fond des âges et suscite des peurs primaires. Ils possèdent tous des pouvoirs magiques, notamment celui de se métamorphoser et c’est en rivalisant d’ingéniosité métamorphique que Koyaga, à première vue, triomphe d’eux. En vérité, Bingo, tout en rapportant le mythe, le dénonce progressivement. C’est avec l’éléphant que commence le démontage. Bingo interrompt son récit pour faire un point zoologique sur « la transhumance des gros » : ces quelques lignes, qui pourraient figurer dans un livre de sciences naturelles ou une encyclopédie, décrivent méthodiquement ce moment de la vie des pachydermes. Aussi contrastent-elles fortement avec le récit dans lequel elles sont insérées et dont elles sont d’ailleurs séparées par deux blancs typographiques, ce même blanc qui avait plus haut marqué la rupture entre histoire et mythe. En effet, le lecteur comprend que cette notice constitue l’explication scientifique du mythe de l’éléphant géant : il s’agit d’un troupeau pendant la transhumance, dont la terreur des populations a fait un mythe. Voilà donc Bingo (et Kourouma) engagé dans la critique des mythes à la manière de Lucrèce. Mais si le mythe est une fiction, le héros est lui-même un imposteur. C’est en racontant son combat avec l’éléphant que Bingo commence à suggérer les vraies raisons de son succès : « Toujours armé de votre carabine 350 Remington magnum… » (en début de paragraphe), « le coup de la 350 Remington magnum part pour la troisième fois. » L’allusion se fait plus précise au sujet du caïman : « le héros d’Indochine, le tireur d’élite, par trois fois encore vise et fait feu… » La fin du récit n’est d’ailleurs pas à l’honneur du héros, qui ne s’est pas « contenté » (notons le caractère paradoxal de cette formulation) d’éliminer les quatre monstres : « Avec votre Remington magnum […] Vous avez tué, rendu orphelins et veufs un lot d’antilopes, de singes, de sangliers… » Les termes employés, en humanisant les victimes, présentent ces « exploits » (le terme apparaît ironiquement juste après) comme des crimes et le héros comme un criminel. Après un dernier blanc typographique, Bingo revient au temps historique et donne l’explication rationnelle de ces merveilles, dénonçant le mensonge de la geste présidentielle : « Vous étiez seul à pouvoir le faire parce que vous étiez le plus adroit et possédiez seul une arme moderne qu’aucun autre chasseur des montagnes n’avait utilisée avant vous. » Implacable « parce que », qui à l’explication magique substitue une explication mécanique rigoureusement formulée. Le chapitre s’achève sur une considération plutôt triviale : « Il vous fallait de l’argent, absolument de l’argent. »

Étude d’un personnage : Maclédio

La geste de Koyaga a été composée par l’un des quatre personnages qui s’expriment au cours des six veillées, le propagandiste Maclédio. Aussi est-il intéressant de consacrer un exposé à ce personnage, à la vie duquel toute la troisième veillée est consacrée.

I Un homme faible

A. Le funeste nõrô

Bingo avait déjà (page 63) expliqué qu’il existait « deux sortes de destins » : ceux qui « ouvrent les pistes dans la grande brousse de la vie » et ceux qui « suivent des pistes tracées, suivent des pistes banalisées, suivent des initiateurs, des maîtres ». La théorie malinké des nõrôs, qui prélude au récit de la vie de Maclédio (page 126), repose sur la même dichotomie : le porteur d’un « funeste nõrô » cherche son « homme de destin », porteur du nõrô contraire (« heureux nõrô ») qui « annihile la damnation ». L’enfance Maclédio, porteur d’un funeste nõrô, fut une source de malheur et un objet de détestation.

B. Un homme servile

Toute sa vie consiste à se chercher un maître (son « homme de destin), il est un temps réduit en esclavage par les Touareg, et s’en accommode. On commentera sa veulerie auprès de Nkoutigui (page 165) puis de Koyaga (page 274 par exemple).

C. Un lâche

C’est un déserteur (page 134). Fuyant le Cameroun, où il abandonne femme et enfant, les remords lui viennent alors qu’il ne peut plus rebrousser chemin mais son suicide avorte misérablement en vomissement (page 139). Il se rebelle toujours trop tard, quand le danger a disparu (pages 145 et 172). C’est un matamore qui bat en retraite à la première menace (pages 122 et 172).

Maclédio se caractérise donc par sa passivité et sa vie par la répétition (quatre femmes, quatre abandons).

II La parole mensongère

A. Le ministre de l’orientation

Il fut déjà le ministre de l’information de Nkoutigui (page 166). Il commente le défilé du trentenaire, en dit « la signification et l’intérêt » (page 335), tenant des « propos mystérieux et enthousiastes » (page 336). Ce manipulateur du langage est l’auteur de la « geste » de Koyaga (pages 277, 281, 319).

B. Le « pou » de Koyaga

Il appartient au premier cercle du dictateur, avec sa mère, Nadjouma, et le marabout Bokano (page 272). Il est le cache-sexe d’un régime qui repose sur le mensonge et la superstition : « Maclédio est devenu votre pou à vous, Koyaga, perpétuellement collé à vous. Il reste votre caleçon œuvrant partout où vous êtes pour cacher vos parties honteuses. Cacher votre honte et votre déshonneur. » (page 123)

C. L’anti-Tiécoura

Dans le dispositif de la veillée, il est à la droite de Koyaga, comme Tiécoura est à la droite de Bingo, dont il est le répondeur. Le propagandiste et le cordoua, le bouffon, s’opposent comme le mensonge et la vérité : voyez l’antithèse des discours qu’ils adressent l’un après l’autre à Koyaga (pages 315sq).

La satire politique

En attendant le vote des bêtes sauvages est une œuvre satirique, qui souvent suscite le rire (par exemple pages 156 à 159). Cette satire est tout à la fois morale (Maclédio), sociale (les Touareg négriers, pages 153 à 159), religieuse (Bokano) et surtout politique. Kourouma dresse en effet le tableau complet de la dictature africaine — et de la dictature en général — sous tous ses aspects : régime policier (page 302), terreur milicienne (les Lycaons), pratiques violentes (l’émasculation), militarisme (Koyaga est soldat et s’est nommé général), détournements d’argent, mœurs dissolues des dirigeants (Koyaga possède une femme dans chaque ethnie pour assurer l’unité de la nation), mégalomanie ubuesque (Labodite, la ville fantôme, pages 250sq), culte de la personnalité, faux attentats (cinquième veillée) et propagande généralisée. Cette satire vise ouvertement l’actualité récente : après l’évocation de Nkoutigui au chapitre 15, la quatrième veillée passe en revue quatre dictateurs qu’on reconnaît aisément. On pourra d’ailleurs proposer aux élèves des documents historiques (photos, cartes, résumés événementiels) qu’ils devront mettre en relation avec leurs transpositions littéraires ; on pourra ainsi étudier l’art de la caricature dans l’œuvre. Voici les « clefs » de cette charge :

Nkoutigui (chapitre 13), l’homme au totem lièvre, président de la République des Monts = Sékou Touré, président de la Guinée (Conakry)

Tiékoroni (chapitre 14), l’homme au totem caïman, président de la République des Ébènes = Félix Houphouët-Boigny, président de la République de Côte d’Ivoire

Bossouma (chapitre 15), l’homme au totem hyène, empereur du pays des Deux Fleuves = Bokassa, empereur de Centrafrique (les deux fleuves sont l’Oubangui et le Chari)

L’homme au totem léopard (chapitre 16 et 17), président de la République du Grand Fleuve = Mobutu, président du Zaïre (notez l’évocation de la colonisation belge, page 227)

L’homme au totem chacal (chapitre 18), roi du Pays des Djebels et du Sable = Hassan II, roi du Maroc (notez l’évocation de la Marche verte de 1975, page 265)

Quant à Koyaga, président de la République du Golfe, il s’agit de Gnassingbé Eyadema, éternel président du Togo

Le contexte est donc celui de l’affrontement bipolaire : « Koyaga est une pièce maîtresse de la lutte contre le communisme liberticide » (page 288). Aussi les Occidentaux, qui soutiennent ces dictateurs en prennent-ils pour leur grade (chapitre 6 ; pages 269sq et 287sq), tandis que le socialiste Nkoutigui et le capitaliste Tiékoroni sont renvoyés dos à dos (page173) : « Les peuples des deux pays furent livrés à des dirigeants corrompus et liberticides. »

Conclusion : l’épopée de la parole

En attendant le vote des bêtes sauvages repose en effet sur la mise en abyme et la polyphonie du récit. Aussi l’action se situe-t-elle à deux niveaux : l’histoire de la vie de Koyaga, racontée principalement par Bingo, avec les interventions de Tiécoura, Maclédio et Koyaga lui-même, et le donsomana qui se déroule pendant les veillées et qui constitue ainsi une action orale, dont les protagonistes sont ces quatre personnages, ou plutôt les voix de ces personnages. Le dispositif de la cérémonie est précis : au centre du cercle formé par les sept plus prestigieux maîtres chasseurs, se font face Bingo, avec Tiécoura à sa droite, et Koyaga, avec Maclédio à sa droite. On a déjà vu en quoi sont opposés Tiécoura et Maclédio. Il en est de même pour Bingo et Koyaga. Bingo affirme en effet des soras (page 312) : « Nous sommes assimilés hiérarchiquement aux grands chasseurs, sommes considérés comme de grands chasseurs, sommes de grands chasseurs. » Bingo est l’égal de Koyaga et, comme lui, c’est un maître chasseur ; mais que chasse-t-il et comment ? quelles sont ses bêtes sauvages ? Comme le belluaire de « Fable ou histoire »3, Bingo affronte, au moyen de la parole, les mensonges de la tyrannie. De cette action vocale que constitue le donsomana Bingo est le héros, héros d’une lutte orale dont l’enjeu est la vérité et la liberté. La parole de Bingo se caractérise elle-même par une polyphonie interne : Bingo reprend le discours de la propagande (celle de Maclédio), parfois mot pour mot, et le décape, le déconstruit, le renverse, armé de sa seule ironie4.

L’œuvre repose dès lors sur une dialectique de l’épopée et de la satire. L’aède dénonce le mensonge de l’épopée qu’il est censé chanter, il la dit ironiquement, il la tourne en dérision, il la transforme en satire. Mais en dénonçant et en démontant cette manipulation du langage et des codes littéraires qui est au fondement de la dictature de Koyaga, le faux aède s’affirme comme le vrai héros du roman : en faisant la satire du tyran il accomplit un acte héroïque, épique5. À notre époque au moins6, l’épopée traditionnelle, fondée sur la gloire militaire et le merveilleux, ne peut être qu’une imposture, l’héroïsation d’un criminel7. L’épopée moderne c’est le combat, verbal, de la parole de vérité contre l’oppression du mensonge — c’est l’épopée du satiriste. Il y a donc ici de quoi nourrir une réflexion consistante sur les genres littéraires, parce qu’elle pose, avec Juvénal, avec Victor Hugo, la question de la fonction de la littérature, de son rapport au réel, de son historicité, de l’écriture comme action et de ses responsabilités morale et politique. Il est donc nécessaire d’associer à l’étude de l’œuvre d’Ahmadou Kourouma celle d’extraits des Châtiments ou de La Légende des siècles et, si, par chance, les (ou des) élèves sont latinistes, des Première et Quatrième satires de Juvénal.

De même que la parole de l’aède est inspirée par la muse, de même celle de Bingo est cautionnée par les proverbes qui terminent chaque chapitre. En effet, à chaque veillée correspond un thème et une image, annoncés en début de veillée et en relation avec le récit qu’y fait le sora : par exemple, la troisième veillée est consacrée à la vie de Maclédio, le thème en est la prédestination et l’image celle du voyageur ; les proverbes apportent un point de vue supérieur sur l’épisode. Ils confèrent à la parole de Bingo l’autorité (laïcisée) de la sagesse ancestrale, comme d’une voix transcendante. Il s’agit là encore d’affirmer la puissance de la parole, capable de faire advenir et triompher la vérité et de jeter bas la tyrannie ; c’est aussi un acte de foi en la supériorité de l’esprit sur la force. En attendant le vote des bêtes sauvages est un donsomana : il doit purifier les hommes, d’Afrique et d’ailleurs, de l’oppression du mensonge. Ainsi, de même qu’« À la septième fois les murailles tombèrent », les proverbes qui closent le livre promettent :

On ne met pas des vaches dans tous les parcs que l’esprit construit.

Au bout de la patience, il y a le ciel.

La nuit dure longtemps mais le jour finit par arriver.

 


[1] Disponible en poche dans la collection Points roman, aux éditions du Seuil.

[2] Les élèves avaient étudié Le Tartuffe au premier trimestre.

[3] Châtiments, III, 3. La figure du « poëte belluaire » est récurrente chez Hugo, notamment dans William Shakespeare, où il est assimilé à Juvénal.

[4] Là encore, on peut songer aux titres des six premières parties des Châtiments, qui sont les slogans du régime impérial dont l’œuvre dénonce l’imposture : la société est sauvée, l’ordre est rétabli, la famille est restaurée

[5] « Il y a de l’épopée dans sa satire. Ce que Juvénal a dans la main, c’est le sceptre d’or dont Ulysse frappait Thersite. » écrit Hugo (William Shakespeare, II, 2, 7). Mais l’on peut aussi songer à « Nox », quand Hugo invoque la « muse Indignation » qu’aimait Juvénal : « Dressons sur cet empire heureux et rayonnant […] Assez de piloris pour faire une épopée ! »

[6] On pourra d’ailleurs étudier la dissonance que crée souvent l’intrusion de réalités contemporaines dans l’écriture épique.

[7] Même critique de l’épopée traditionnelle, spécialement de l’épopée virgilienne, chez Hugo : voyez mon article « La réécriture des auteurs latins dans la Première série de La Légende des siècles » (Bulletin n°103).