05/12/2003

Chers collègues,

Je suis professeur de lettres en Lycée Professionnel et je tiens à vous témoigner mon soutien dans le combat que vous conduisez. Je peux vous confirmer que les nouvelles réformes de l'enseignement des lettres au collège ont entraîné un véritable ravage dans les esprits de nos élèves qui, comme vous le savez, sont en grande difficulté. Lorsqu'ils entrent en classe de BEP et qu'ils découvrent que leur professeur consacre des progressions rigoureuses en étude de textes et en orthographe, ils m'en remercient. Ils ont enfin l'impression de « faire du français ».C'est étrange après quatre années passés en collège... Je dois reconnaître qu'ils sont incollables sur la typologie des textes, c'est d'ailleurs la seule chose qu'ils retiennent de leurs études au collège. Je remarque qu'ils sont fiers et rassurés d'avoir enfin dans leur classeur ¾ ce qui est formellement interdit par les inspecteurs évidemment ¾ des cours d'orthographe clairs, simples et à fréquence régulière. Ils se sentent valorisés lorsqu'on leur apprend à appliquer des règles et lorsqu'on les réinvestit dans des dictées par exemple. Beaucoup de mes élèves me disent : « Au moins avec vous, on comprend car au collège on avait des séquences et on n'avait pas de cours, tout était mélangé ! » Cela résume, je crois assez bien, l'état de déliquescence des lettres aujourd'hui. Étrange paradoxe, quand on nous dit que la séquence a été conçue pour aider les élèves en difficulté... et que ces mêmes élèves ne sont rassurés et ne progressent que lorsque l'enseignement est cloisonné, répétitif et clair sans technicisme. (...) Désormais, j'ai le choix entre deux options : soit faire plaisir à mes élèves en leur offrant un enseignement rigoureux de la langue tout en découvrant les plaisirs des textes, soit faire plaisir à l'inspecteur en faisant ronfler mon cahier de textes de séquences, compétences, énonciation, autres brimborions... mon choix est fait : faire plaisir à mes élèves. (...) Il faut redonner à l'enseignement de l'orthographe /grammaire ses lettres de noblesse dans l'intérêt des élèves ! Les ministres de l'éducation sont devenus des pompiers pyromanes ! Ils ont mutilé notre discipline, si riche et si intéressante pour nos élèves.  Je dois vous avouer que je n'ai que 28 ans et ça fait six ans que j'enseigne et six ans que je refuse cette destruction organisée de l'enseignement des lettres. Je refuse l'enseignement en séquence, ce que j'appelle l'enseignement « zapping » qui ne donne absolument aucun sens aux élèves, surtout lorsqu'ils sont en difficultés et je continue à dispenser des cours d'orthographe et de grammaire pour le plus grand plaisir des élèves et des parents qui me font confiance.


Bien cordialement. Didier R                                                                                répondre

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