Monsieur le Président,

 

Les associations de professeurs spécialistes et les organisations syndicales soussignées s’adressent solennellement à vous pour, avant qu’il ne soit trop tard, vous avertir de certains graves dangers contenus dans le projet de loi d’orientation sur l’avenir de l’école, que le Parlement s’apprête à discuter.

 

Elles défendent en effet la mission fondamentale de l’école qui est de donner à tous la solide culture générale qui seule forme la personne et le citoyen. C’est dans cette perspective qu’elles présentent ici leurs critiques concernant d’une part la fonction de professeur, d’autre part, le contenu des enseignements dispensés.

 

Nos associations considèrent que le professeur doit être reconnu comme spécialiste de sa discipline donc de la pédagogie de sa discipline. C’est pourquoi elles sont résolues à défendre le principe de la liberté pédagogique et à dénoncer les mesures ou les lacunes du projet de loi qui y contreviennent.

Aussi demandent-elles instamment que le lauréat d’un concours d’enseignement ne soit plus placé en situation d’infantilisation et soumis à l’observance de quelque dogme pédagogique que ce soit.

Elles refusent la création, au sein de chaque établissement, d’un « conseil pédagogique » que son évolution amènera à encadrer et contrôler la pratique du professeur ; elles s’opposent fermement à ce qu’un caractère contraignant soit conféré au projet d’établissement.

Elles réaffirment leur attachement à la double hiérarchie, administrative et pédagogique, et au principe de la séparation des notations.

Elles dénoncent toute remise en cause du respect des compétences disciplinaires, notamment par le biais de remplacements imposés au pied levé, par le développement des « certifications complémentaires » ou d’autres tentatives d’instaurer la bivalence au collège comme au lycée.

Enfin, elles demandent que l’avis des associations de professeurs spécialistes, riche d’expérience et de réflexion scientifique et pédagogique, soit enfin reconnu et pris en compte dans l’élaboration des programmes.

 

En ce qui concerne les contenus d’enseignement, elles dénoncent l’indigence et l’utilitarisme du projet d’« ensemble de connaissances et compétences indispensables » et demandent qu’il se caractérise au contraire par le haut niveau de culture historique, littéraire, artistique et scientifique qu’exige la formation d’un citoyen français. Elles refusent la mise à mort du baccalauréat par injection de contrôle continu, qui doit demeurer un examen anonyme et national.

Elles déplorent l’absence de mesures concrètes pour atteindre les objectifs prévus dans le rapport annexé et la modestie de certains d’entre eux (notamment concernant les langues anciennes) et attendent en outre que l’autorité du Conseil de classe, pour statuer sur les passages en classe supérieure et l’orientation des élèves, soit clairement affirmée.

Enfin, elles entendent que les moyens horaires soient suffisants pour assurer une formation correcte des collégiens et des lycéens et refusent les suppressions de dédoublements de classes envisagées. La réduction du nombre d’options obligatoires en classe de seconde et leur « mise en cohérence géographique », envisagées dans le rapport annexé au projet de loi, risquent de marginaliser certaines disciplines (langues anciennes, SES) comme d’altérer le recrutement des filières technologiques, qui constituent actuellement une alternative intéressante pour de nombreux élèves.

 

Les associations de professeurs spécialistes et syndicats soussignés, qui depuis des années défendent âprement l’école de la République, sont prêts à prendre, s’ils n’étaient pas écoutés et si la future loi revenait à parachever une démolition à laquelle ils n’ont jamais cessé de s’opposer, toutes leurs responsabilités devant leurs concitoyens. Ils souhaiteraient donc pouvoir vous rencontrer, afin de vous exposer leurs analyses avant que la discussion parlementaire ne soit engagée.

 

Ils vous prient de croire, Monsieur le Président, en leur très haute considération et en leur indéfectible attachement à l’Instruction Publique.

 

Villiers-sur-Marne, le 1er février 2005

 

pour les organisations signataires

 

 

Claude Lobry