Motion sur l'EAF adoptée lors de la réunion du Comité du 12 octobre 2002

Le Comité de l'Association des Professeurs de Lettres, réuni le 12 octobre au lycée Henri IV, a tiré un bilan de l'E.A.F. de juin 2002, dans sa nouvelle formule, à partir des témoignages qui lui sont parvenus. Il observe d'abord que la mise en œuvre de ces nouvelles épreuves semble avoir donné lieu à des traitements différents d'une académie à l'autre, d'un centre d'examen à l'autre : dans ces conditions, peut-on parler d'égalité entre les candidats ? Plus généralement, il redoute que des dysfonctionnements importants ne tendent à discréditer l'épreuve, à discréditer la discipline et à alimenter les critiques adressées à l'examen du baccalauréat.

I. Concernant l'écrit :

- La nouvelle formule, nouveaux sujets sur les nouveaux programmes entrés en application à la rentrée 2002 en seconde, n'a aucunement permis l'amélioration de la qualité des copies, tant sur le plan de la correction de la langue que sur celui de la cohérence et de la rigueur du raisonnement.

- Le sujet d'invention aboutit à des conséquences absurdes et scandaleuses. Les contraintes imposées aux candidats étant somme toute assez simples et formelles, il ouvrait la porte à toutes les platitudes et aux développements les plus répétitifs et les plus creux, accompagnés souvent de bévues révélant une profonde inculture. D'où des notations disparates, tantôt laxistes, tantôt très exigeantes. L'A.P.L. en conclut qu'un type de sujet dont l'évaluation peut être aussi flottante n'est pas démocratique et doit être supprimé.

II. Concernant l'oral :

- Certains examinateurs semblent, comme l'A.P.L. en avait manifesté la crainte en juin 2002, avoir eu la charge d'interroger des classes entières en très petit nombre, deux parfois, ce qui les privait d'une vision d'ensemble et ouvre la porte à toutes les rancœurs. Dans d'autres centres d'examens, d'autres examinateurs ont été surchargés de descriptifs à dépouiller.

- Pour la première partie de l'épreuve, beaucoup d'examinateurs semblent voir pris le parti de proposer sur le texte donné une question passablement vaste, permettant au candidat de restituer ce qui avait été dit en cours, démarche que tendaient à adopter d'ailleurs, quoi qu'il en soit, ceux des candidats à qui une question étroitement délimitée était posée. Dans ces conditions, on ne voit pas à quoi sert le principe de la question sur le texte, sauf à discréditer une disposition qui, de fait, ne serait pas appliquée.

- L'A.P.L. relève le fait que dans certains endroits la concertation et l'harmonisation après les épreuves ont disparu. Elle s'insurge en tout cas contre l'impossibilité pour les examinateurs de consulter les livrets scolaires. Elle regrette la disparition du dispositif précédent, dans lequel les notes étaient attribuées définitivement après délibération d'un jury des examinateurs. Le fait qu'un jury tout différent se charge, l'année suivante, en terminale, de réviser leurs notes est une marque de mépris à leur égard.

- De façon générale, comme pour l'écrit, la nouvelle formule de l'oral de l'E.A.F. n'a révélé des candidats ni plus savants ni intellectuellement mieux structurés. Au contraire, la session 2002 a vu arriver des élèves modelés par les réformes commencées à l'école élémentaire au début des années 1990, puis au collège et au lycée par les nouveaux programmes que l'A.P.L. a vigoureusement contestés en son temps, et qu'elle a regretté de voir substituer aux programmes Chevènement, perfectibles certes, mais dont les orientations d'ensemble méritaient l'approbation.

En effet, l'A.P.L. affirme que la réflexion sur l'E.A.F. doit s'accompagner d'une réflexion sur les programmes. Elle dénonce en particulier l'abandon en collège de l'étude systématique de la langue et de la grammaire, indispensable à la formulation d'une pensée rigoureuse, et l'abandon, dans les programmes de lycée, de la perspective historique et chronologique, indispensable à la formation de l'esprit critique. Derrière les questions relatives à l'E.A.F., c'est donc toute la question des finalités de l'enseignement du français qui est posée.

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