MOTION

sur « l’attestation de maîtrise des connaissances et compétences

du socle commun au palier 3 »

 

L’Association des Professeurs de Lettres avait en son temps dénoncé la baisse drastique des exigences du brevet des collèges rebaptisé pour la circonstance, Diplôme National du Brevet (DNB). Voici qu’apparaît, pour la session 2011 du DNB, « l’attestation de maîtrise des connaissances et compétences du socle commun au palier 3 ». Selon le BO n°40 du 29 octobre 2009, si les sept « piliers » de « compétences » de ce nouveau certificat ne sont pas validées, le candidat ne peut obtenir son brevet des collèges. Ce « palier » prévoit également, à côté des sept piliers et en première de couverture, une « attestation scolaire de sécurité routière niveaux 1 et 2 », et une attestation de « prévention et secours civiques de niveau 1 ». Le contenu d’un pareil document semble donc ne pas être véritablement centré sur les « connaissances » qui pourtant figurent dans le titre même du nouveau diplôme. Cette impression se confirme à la lecture des quatre pages du document officiel au format PDF, qui est une pure et simple liste de pas moins de cent « compétences » distribuées entre les sept domaines à certifier. Force est de constater que les connaissances, dont le titre du document claironnait la nécessité, ont disparu sous une avalanche de critères souvent naïfs et parfois saugrenus.

Si l’on considère cependant la « compétence » qui, avec la cinquième (« culture humaniste »), regarde plus précisément l’APL, à savoir « la compétence 1 », « la maîtrise de la langue française » », on constate qu’elle se décline en quatre parties : « lire », « écrire », « s’exprimer à l’oral », « utiliser des outils ». Chaque partie comporte de nombreux « items », vingt au total. Tout cela paraît sérieux à l’extrême, mais on a tôt fait de déchanter en constatant que nombre de ces items ne se situent pas sur le même plan. Nous découvrons ainsi , dans la « compétence écrire » un item qui regroupe les deux aptitudes suivantes : « copier un texte sans erreur » ,puis à la ligne en-dessous « écrire lisiblement et correctement un texte spontanément ou sous la dictée ». Quand un élève sait copier un texte mais ne sait pas écrire un texte sous la dictée, doit-on cocher la case oui ou la case non ? La « compétence lire » suscite le même dilemme : si un élève sait « lire à haute voix, de façon expressive, un texte en prose ou en vers » mais ne sait pas « lire des œuvres littéraires intégrales, notamment classiques, et rendre compte de sa lecture », doit- on ou non valider ladite « compétence » ? Presque tous les items traitant de la « maîtrise de la langue » présentent les mêmes inconvénients.

Les « connaissances » qui relèvent d’un savoir gratuit destiné à ouvrir l’esprit des élèves pour les préparer à affronter un monde complexe s’effacent donc au profit de « compétences » qui ne sont rien d’autre que des « savoir-faire » utilitaires. Enfin, on regroupe dans une même « compétence », des champs d’activité qui, ayant peu à voir les uns avec les autres, permettront une validation fallacieuse.

Gageons qu’à ce prix tous les élèves verront leur « socle » validé et que les connaissances, déjà mises à mal par le nouveau brevet, seront achevées par ce livret de « compétences » qui ressemble davantage à un inventaire de prétendues exigences méticuleusement calibrées, qu’à un diplôme attestant que des connaissances solides ont été acquises dans des disciplines clairement identifiées. Il en résulte qu’à vouloir tout contrôler on ne contrôle plus rien, sinon des professeurs dociles sommés de faire entrer leurs contenus dans des cases à cocher. Le professeur devient ainsi l’exécutant passif de procédures sur lesquelles il n'a pas été invité à se prononcer, comme s’il existait désormais, au sommet de la hiérarchie de l’institution, un bureau des méthodes tout puissant.

Par un saisissant phénomène d’inversion, c’est la nécessité de produire une évaluation objective, qui impose désormais les contenus. Les professeurs vont ainsi devoir satisfaire, avant l’intérêt de leurs élèves, les exigences des statisticiens. C’est oublier que l’ambition de découper en compétences des aptitudes mentales est extrêmement problématique, parce que nous sommes ici dans l’ordre du vivant et de l’esprit. On devrait y regarder à deux fois avant de transformer les professeurs en exécutants de la folie évaluative qui s’est emparée d’une Éducation nationale attachée à singer le monde de l’entreprise. L’instruction des élèves n’appartient pas au même ordre que la production planifiée de marchandises, et ceux qui veulent appliquer l’esprit de géométrie aux domaines qui lui sont étrangers feraient bien de (re)lire Blaise Pascal avant d’aggraver la situation d’une institution malmenée depuis plus de quarante ans.

Le Comité de l’APL condamne donc l’existence même d’un tel document et rappelle que seuls les programmes nationaux peuvent faire autorité sur le territoire de la République ; ces programmes ne peuvent être mis en œuvre et la maîtrise de leurs contenus évaluée que dans un cadre disciplinaire par des professeurs spécialistes.

Paris, le samedi 21 novembre 2009