MOTION
sur la position de l'Inspection générale
au sujet de l'explication de texte
L'intervention de Patrick Laudet, Inspecteur général de l'Éducation nationale, en juin 2011, en séminaire intercadémique, est intitulée « Explication de texte littéraire : un exercice à revivifier ». Ce texte rappelle de très utiles vérités, défendues depuis longtemps par l'Association des Professeurs de Lettres. Même s'il rejette sur les professeurs des pratiques erronées, dues pour l'essentiel, en réalité, à la formation dispensée dans certains I.U.F.M., aux Instructions officielles et aux Documents d'accompagnement, cette intervention a le grand mérite de renvoyer dos à dos ceux qui confondent explication de texte et esthétisme ou historicisme comme ceux qui réduisent les textes à leurs aspects formels. Ainsi, l'auteur rappelle certaines vérités, qui ne sont pas des évidences pour tous : l'explication de texte concerne le sens ; l'intrication étroite du sens et des aspects formels de l'énoncé interdit de négliger ou de sous-estimer l'importance de l'un de ces deux éléments ; un texte est susceptible d'une pluralité d'interprétations. Ce préalable conduit l'auteur à indiquer ce qui constitue, pour lui, les trois « enjeux de l'explication de texte aujourd'hui ». Après avoir, à bon droit, souligné la nécessité de la compréhension littérale, ce qui lui permet de rappeler l'importance de l'enseignement des lettres pour « faire réfléchir aussi (surtout ?) sur l'homme et le monde », il évoque longuement ce qu'il appelle, curieusement, la « compréhension littéraire » et la pluralité des sens qui la constitue, ce qui l'amène à mentionner, à raison, l'apport de la psychanalyse, avant de rappeler qu'il convient de « dé-lire, mais pas [de] délirer » : l'auteur insiste à très juste titre, sur le contrôle et la justification des affirmations, conditions sine qua non de tout travail intellectuel. L'auteur termine son intervention par trois propositions, qui ne peuvent que susciter l'approbation. Dans sa première proposition, il demande de « procéder de la singularité du texte », c'est-à-dire « contre la raideur des lectures plaquées, [de] retrouver donc la souplesse d'une authentique disponibilité au texte et d'une attention à sa singularité ». La deuxième proposition attire l'attention sur la nécessité d'être attentif au détail, et la troisième souligne l'importance « pour un lecteur, [d'être] impliqué autant que savant », ce qui suppose, à la fois, un « soin à retrouver » porté au choix des textes et l'implication du professeur comme de l'élève.
Ainsi, ce texte, même si tel ou tel point est contestable, comme l'affirmation selon laquelle tous les textes n'ont pas une structure, ne peut que recueillir l'approbation de l'Association des Professeurs de Lettres. Néanmoins, si ce texte a le mérite de mettre en valeur certaines évidences oubliées par certains depuis longtemps, la revalorisation de l'explication de texte suppose de prendre en compte de multiples facteurs, dont deux sont particulièrement importants. D'une part, il est nécessaire que l'explication de texte en classe mette l'accent, dans un premier temps, sur la méthode à mettre en oeuvre, de façon à permettre aux élèves d'acquérir les connaissances méthodologiques qui leur permettent de réaliser eux-mêmes une explication de texte, ce qui implique, entre autres, que ce soit l'élève, guidé par le maître, qui réalise, avec l'aide d'une méthodologie réelle et opératoire, l'explication de texte. D'autre part, l'épreuve d'examen, dont la nature détermine largement l'enseignement donné en classe, doit, sans doute, être redéfinie : au lieu de juger l'élève sur sa capacité à reproduire une explication de texte réalisée en classe, ce qui se traduit souvent par l'appréciation des interprétations d'un collègue, ne faudrait-il pas demander aux élèves de réaliser l'explication d'un texte non expliqué en classe, ce qui demande d'adapter le niveau d'exigence aux possibilités effectives d'un élève ?
Paris, le samedi 15 octobre 2011