MOTION SUR LE CAHIER DES CHARGES DES IUFM
Les associations signataires, ayant pris connaissance de l’arrêté du 19 décembre 2006 portant cahier des charges de la formation des maîtres en IUFM, dénoncent les faux semblants d’un texte
- qui affecte d’opérer des réorientations de bon sens (en affirmant par exemple que la formation pédagogique doit être en relation étroite avec l’expérience réelle et en promettant que « 70 % au moins des professeurs des premier et second degrés enseignant en IUFM exerceront en temps partagé »),
- mais qui en réalité, sans le dire, institue, à travers la mise en œuvre d’un dispositif de prescriptions technopédagogiques, la transformation radicale du métier de professeur. Malgré les protestations du texte lui-même, la place dévolue aux « compétences » d’enseignement y occupe une telle place que la compétence dans la discipline, indispensable à la transmission des connaissances, y devient négligeable.
Elles s’inquiètent également, quant au respect de la laïcité, de la formule qui, sans autres précisions, invite le futur professeur à « tenir compte, dans le cadre de son enseignement, de la diversité des élèves et de leurs cultures ».
Contrairement à ce que laisse entendre l'expression "Etat-employeur", le statut de fonctionnaire des professeurs ne fait pas d’eux de simples exécutants priés de se couler dans le moule du « projet d’établissement », disposition contraire au principe de l’égalité républicaine, ou de se plier à des pratiques qui, bien qu’adéquates dans certains cas, se trouvent abusivement érigées en dogme, comme le travail en équipe ou la pédagogie différenciée.
En vérité, l’arrêté en question n’a pour but que d’harmoniser le statut du professeur avec les recommandations de l’OCDE relayées par la Commission européenne. Dans cette optique le rôle de l’institution consiste à mettre en œuvre les moyens de satisfaire des exigences sociétales et non plus de contribuer au bien public et à la formation d’hommes et de citoyens libres et responsables.
Voilà sans doute pourquoi la première compétence exigée du futur professeur est ainsi formulée : « agir en fonctionnaire de l’Etat et de manière éthique et responsable ».
Cet item ne saurait constituer en aucun cas une « compétence professionnelle ». Bien que l’on puisse formuler sous forme de principe cette disposition morale communément appelée conscience professionnelle, elle ne saurait faire l’objet d’une « formation », à moins de supposer qu’à la différence de leurs aînés, les jeunes adultes que l’on recrute désormais soient tous mal éduqués. L’objectif visé serait donc en réalité de s’assurer de leur soumission par des dispositifs ad hoc, pendant et même après leur formation, les conduisant à intérioriser les exigences diverses et variées des responsables institutionnels et économiques au sein d’une rhétorique de la professionnalisation.
Sur ce point le recours, entres autres, à un professeur référent pendant les deux premières années d’exercice est particulièrement révélateur ; tout comme la distinction « catégorielle » entre « connaissances, attitudes et capacités » dont la formulation et l’énumération maniaque des différents items est particulièrement infantilisante « le professeur comprend…, le professeur est capable de… etc… ».
Cette normalisation ne concerne pas uniquement la dimension « comportementale » de la profession, mais son contenu même et sa qualité. Les futurs professeurs sont incités dès le commencement de leurs études universitaires à se diriger vers « des parcours de formation universitaire ouvrant sur les mentions complémentaires ». Ces dernières, inscrites au BO N°6 du 13 juillet 2006 dans l’annexe 4 des concours de recrutement, organisent la bivalence voire la polyvalence. Ces mentions vont jusqu’à entériner l’absence même de toute formation disciplinaire puisque, dès 2008, par le recours à la validation des acquis de l’expérience une mention pourra être attribuée à un professeur ayant enseigné 3 heures pendant 3 ans dans une autre discipline que la sienne. La disparition de plusieurs CAPES est à l’ordre du jour conformément à la demande clairement formulée l’an dernier par la commission des finances auprès du ministre de « réduire le nombre de concours ».
Les disciplines cessent donc d’être le fond même de la formation. Le cahier des charges organise un socle commun au rabais pour former des professeurs dont on n’a pas peur d’avoir à rappeler qu’ils doivent maîtriser la langue française comme si cela n’allait pas de soi !
Ces points sont exemplaires de la tonalité générale de l’arrêté qui constitue un véritable « encadrement idéologique » que les rappels ponctuels et incantatoires à la « liberté pédagogique » et « aux valeurs de la république » ne peuvent dissimuler.
Les associations signataires considèrent donc qu’en l’état, les dispositions de cet arrêté représentent une réelle menace contre le devoir de garantir à tous les élèves l’accès aux meilleurs contenus d’enseignement possibles. C’est pourquoi elles demandent que la liste des compétences soit abandonnée ainsi que les mentions complémentaires, que les deux années de suivi de formation restent facultatives sans remettre en cause les résultats des concours nationaux, et que les dispositions de la formation dans son ensemble soient recentrées sur la didactique de la discipline, c’est-à-dire sur ce dont un professeur débutant a le plus besoin pour entrer en possession de son métier.
APAP : Association des Professeurs d’Arts Plastiques
APCEG : Association des Professeurs de Communication, d’Economie et Gestion
APFLA : Association des Professeurs de Français et Langues Anciennes en classes préparatoires
APL : Association des professeurs de Lettres
APPEP : Association des Professeurs de Philosophie de l’Enseignement Public
APSTI : Association des Professeurs de Sciences et Techniques Industrielles
APV : Association des Professeurs de Vente
CNARELA : Coordination Nationale des Associations Régionales des Enseignants de Langues Anciennes
SLNL : Société des Langues Néo-Latines