Observations générales sur le projet

de programme de français pour le collège

(Comité du 17 mai 2008)

 

Lire également les principes et orientations défendus par l'APL pour les futurs programmes

 

L’Association des Professeurs de Lettres se réjouit de ce que le projet de programmes de français pour le collège rompe avec les programmes de 1996 et repose sur trois principes qu’elle n’a eu de cesse de défendre :

-          l’enseignement de la langue au travers de leçons spécifiques, privilégiant résolument la grammaire de phrase ;

-          la fréquentation assidue des œuvres du patrimoine littéraire, dont l’étude, conjuguant l’approche esthétique et l’approche historique, est résolument tournée vers le sens, la compréhension du monde et la construction de soi ;

-          le respect de la liberté pédagogique des professeurs, à travers notamment la suppression du caractère contraignant de la « séquence didactique », qui n’aboutissait qu’au saupoudrage et à la dispersion

 

L’APL considère que la mise en œuvre de ces programmes est indispensable à la préservation du modèle républicain d’enseignement, à la démocratisation de l’instruction et à l’élévation du niveau culturel et intellectuel de la nation.

 

Toutefois, elle estime que les restrictions imposées au ministère de l’éducation nationale sont en contradiction avec les ambitions de ces nouveaux programmes. Ceux-ci nécessiteraient le retour à des horaires de français consistants sans alourdissement des effectifs, de façon à assurer leur assimilation par les collégiens, d’autant plus qu’il faudra attendre cinq années pour qu’arrivent en Sixième les premiers élèves formés selon les nouveaux programmes de l’école primaire.

 

D’autre part, l’APL a relevé dans le projet un certain nombre de points contestables ou qui appellent des améliorations.

 

 

 

La lecture

 

Il conviendrait de distinguer trois types de lecture et non deux : la lecture personnelle, recommandée par le professeur ou librement choisie (ce que le que le projet de programme appelle « lecture cursive »), la lecture analytique, mais aussi la lecture suivie et dirigée. La lecture suivie et dirigée à haute voix en classe de larges extraits ou d’œuvres intégrales, qui ne font pas nécessairement l’objet d’une lecture analytique, est une propédeutique indispensable au plaisir du texte, donc à la lecture personnelle. Elle peut en compenser l’impossibilité pour les élèves qui ne jouissent pas chez eux du calme nécessaire pour lire. Elle doit enfin participer à l’appréhension en classe de ce qu’est une œuvre dans son unité.

 

Il est nécessaire de fixer, pour chaque année, le nombre minimal d’œuvres intégrales à lire.

 

Parmi les lectures personnelles recommandées par le professeur (p. 6), les œuvres relevant de la « littérature de jeunesse » ne doivent pas être recommandées « notamment », mais éventuellement, surtout s’il s’agit de « littérature de jeunesse » de production industrielle.

 

Le programme doit s’ouvrir plus qu’il n’est prévu à la littérature de langue française extra-européenne, notamment de l’Outre-mer, du Monde arabe, de l’Afrique noire et du Québec.

L’expression écrite

 

Des exercices tels que « l’invention de débuts ou de suites de textes » (p. 7 et 30) nuisent à l’appréhension du caractère propre de l’œuvre littéraire que le projet remet pourtant au centre du cours de français. En revanche, le pastiche ou l’exercice de style peuvent être très profitables.

 

La Classe de Troisième

 

L’expression écrite :

Il faut prendre garde à la dictature d’une conception de l’argumentation qui, en se consacrant au développement d’une thèse unique, aboutirait soit à l’enfermement dans l’opinion sommaire du sentiment personnel soit à l’exercice sophistique. Nous demandons que l’expression « point de vue » (p. 29) soit remplacée par « opinion raisonnée », que l’élève ne « donne pas son avis » (p. 29), mais « développe une réflexion méthodique, critique et, si nécessaire, nuancée », impliquant l’examen du point de vue adverse ou la prise en compte des aspects contradictoires du réel.

 

Lecture :

On ne voit pas pourquoi, à la différence des années précédentes, la classe de Troisième se restreindrait, pour la poésie, à l’étude d’un seul siècle. La modernité poétique doit s’envisager à partir de la poésie romantique et ne pas être réduite à la seule poésie engagée. Nous proposons deux rubriques :

-          Poésie et histoire de la Révolution à nos jours ;

-          Renouvellement des pratiques poétiques du romantisme à nos jours Cette rubrique permettra une synthèse sur la versification classique, le vers libre, le poème en prose.

(Voir la liste d’auteurs proposée dans nos Observations de détail, ainsi que pour le récit)

 

Observations sur le détail du projet de programme de français pour le collège