Motion sur la politique éducative du gouvernement
par l'Assemblée générale
samedi 19 mars 2016

L'Association des Professeurs de Lettres réunie en assemblée générale s'élève solennellement contre l'œuvre de démolition menée tous azimuts depuis plusieurs mois. Elle constate en effet la convergence de politiques conduites de manière autoritaire par le gouvernement qui se montre hermétiquement fermé à la concertation avec les associations comme aux objections des savants les plus éminents du pays, tient le Parlement à l'écart de décisions qui pourtant impliquent l'avenir de la nation et profère, à propos de la réforme du collège, les affirmations les plus éhontées devant l'opinion publique.

Ainsi, la réforme de l'évaluation, la mise en place des EPI et les nouveaux programmes scellent la suprématie de compétences transversales et comportementales sur les savoirs disciplinaires qui seuls peuvent élever les enfants confiés à ses écoles à la dignité de citoyens éclairés et qu'elle assujettit aux slogans de la bien-pensance officielle.

Ainsi, l'éviction du latin et du grec hors de nos collèges est emblématique d'une volonté d'interrompre la transmission d'un patrimoine linguistique, littéraire, artistique, juridique rendu illisible par l'oblitération des références qui l'ont continûment irrigué.

Ainsi, la réforme du collège, en jetant 20% du temps scolaire en pâture aux conseils pédagogiques et à ceux qui, localement, les influencent, disloque l'éducation nationale et abolit l'égalité devant l'instruction.

Ainsi, en supprimant tous les dispositifs et tous les enseignements qui excèdent un socle commun sur lequel rien décidément ne doit reposer, le ministère fabrique une école de charité, une école pour pauvres, que les classes aisées et les classes moyennes vont fuir plus résolument encore.

L'Association des Professeurs de Lettres dénonce une politique d'abdication, qui soumet l'école de la République, c'est-à-dire la formation du citoyen, à la logique délétère de marchandisation prônée par les rapports de l'OCDE. À l'heure où devraient prévaloir la lutte contre l'obscurantisme et le rassemblement de tous les Français autour d'un patrimoine dont la portée est universelle, elle rappelle au gouvernement que « l'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'État » et qu'en France la nation est largement fille de ses lettres.