Annexes
I. Deux lettres de Madame de Sévigné et leur étude :
Séance 1 : la correspondance et le récit / Écrire pour raconter un événement.
Madame de Sévigné (1626-1696)
À Monsieur de Coulanges
À Paris, ce lundi 15 décembre 1670
Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus digne d’envie : enfin une chose dont on ne trouve qu’une telle dans les siècles passés, encore cet exemple n’est-il pas juste ; une chose que l’on ne peut pas croire à Paris (comment la pourrait-on croire à Lyon ?) ; une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie Mme de Rohan et Mme d’Hauterive ; une chose enfin qui se fera dimanche, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue ; une chose qui se fera dimanche, et qui ne sera peut-être pas faite lundi. Je ne puis me résoudre à la dire ; devinez-la, je vous la donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien ! il faut donc vous la dire : M. de Lauzun épouse dimanche au Louvre, devinez qui ? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Mme de Coulanges dit : Voilà qui est bien difficile à deviner ; c’est Mme de La Vallière. — Point du tout, Madame. — C’est donc Mlle de Retz ? — Point du tout, vous êtes bien provinciale. — Vraiment nous sommes bien bêtes, dites-vous, c’est Mlle Colbert? — Point du tout. — C’est assurément Mlle de Créquy ? — Vous n’y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire ; il épouse dimanche, au Louvre, avec la permission du Roi, Mademoiselle… Mademoiselle de…, Mademoiselle… devinez le nom : il épouse Mademoiselle, ma foi ! par ma foi ! Ma foi jurée ! Mademoiselle, la grande Mademoiselle, Mademoiselle, petite-fille de Henri IV, Mademoiselle d’Eu, Mademoiselle de Dombes, Mademoiselle de Montpensier ; Mademoiselle d’Orléans ; Mademoiselle, cousine germaine du Roi ; Mademoiselle, destinée au trône ; Mademoiselle, le seul parti de France qui fût digne de Monsieur (…).
Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu’on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer, si enfin vous nous dites des injures : nous trouverons que vous avez raison, nous en avons fait autant que vous.
Adieu, les lettres qui seront portées par cet ordinaire vous feront voir si nous disons vrai ou non.
Vocabulaire :
— mander :
— imprévue :
— une chose commune :
— miséricorde :
— avoir la berlue :
— me résoudre :
— je vous la donne en trois :
— jeter sa langue aux chiens :
— assurément :
— Mademoiselle :
— Monsieur :
— une raillerie :
— fade :
Technique :
1. Quels sont les éléments conventionnels de la lettre qui sont présents dans ce texte (forme) ? Lesquels en sont absents ?
Je retiens :
La lettre, dans sa présentation traditionnelle, s’ouvre sur une formule initiale dans laquelle l’émetteur s’adresse au récepteur. La formule initiale indique le degré d’intimité des correspondants (« Cher monsieur », « Salut »).
Émetteur : celui ou celle qui écrit la lettre.
Récepteur : celui ou celle à qui la lettre est adressée (on dit aussi destinataire).
La lettre se clôt normalement sur une formule finale encore appelée formule de politesse, puis sur la signature de l’émetteur.
2. Surlignez les pronoms personnels employés et tous les indices qui évoquent l’émetteur ou le destinataire de la lettre.
Que remarquez-vous ?
Je retiens :
On rencontre les indices de personne dans la lettre dès que l’émetteur s’adresse directement au destinataire. Ce sont ceux de la première personne du singulier (émetteur) et de la deuxième personne du singulier (récepteur).
Pronoms personnels (je, moi, parfois nous de modestie, tu toi, vous de politesse.
Pronoms possessifs (le mien, la mienne, le tien, la tienne…).
Adjectifs possessifs (mon, ma, mes, ton, ta, tes, vos).
Étude de texte :
Formulez vos réponses sous forme de phrases complètes et aussi élégantes que possible.
1. Comment commence le récit dans cette lettre ?
2. De quelles manières Madame de Sévigné ménage-t-elle le suspense dans la lettre ?
Je retiens :
Anaphore :
Gradation :
3. Dans la lettre, le présent désigne-t-il des actions passées, présentes ou futures ? Cherchez des exemples.
4. Quels passages prouvent que le mariage de Monsieur de Lauzun et de Mademoiselle sera un grand événement ?
5. Combien d’appellations « la grande Mademoiselle » reçoit-elle ici ? Quelle image cela donne-t-il d’elle ?
Synthèse :
Expliquez de quelle manière Madame de Sévigné parvient à animer son récit, à le rendre drôle et vivant.
Si on vous donne à votre tour une lettre à rédiger, avec un événement à rapporter…
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À faire |
À ne pas faire |
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Rédaction :
A la manière de Madame de Sévigné, racontez une des dernières rumeurs concernant les célébrités actuelles.
— Utilisation du classeur « progresser à la carte ».
Séance 2 : La lettre : vivacité et naturel du récit.
A Paris, ce lundi 5 février 1674.
L’archevêque de Reims revenait hier fort vite de Saint-Germain, c’était comme un tourbillon ; il croit bien être grand seigneur, mais ses gens le croient encore plus que lui. Ils passaient au travers de Nanterre, tra tra tra ! Ils rencontrent un homme à cheval, gare, gare ! ce pauvre homme veut se ranger, son cheval ne le veut pas ; et enfin le carrosse et les six chevaux renversent cul par-dessus tête le pauvre homme et le cheval, et passent par-dessus, et si bien par-dessus, que le carrosse en fut versé et renversé ; en même temps l’homme et le cheval, au lieu de s’amuser à être roués et estropiés, se relèvent miraculeusement, remontent l’un sur l’autre, et s’enfuient et courent encore, pendant que les laquais de l’archevêque et le cocher, et l’archevêque même, se mettent à crier : Arrêtez, arrêtez ce coquin, qu’on lui donne cent coups ! L’archevêque, en racontant ceci, disait : si j’avais tenu ce maraud-là, je lui aurais rompu les bras et coupé les oreilles.
Madame de Sévigné, Correspondance, Gallimard, « Pléiade ».
Vocabulaire :
— gare !:
— cul par-dessus tête :
— versé :
— être roué de coups :
— être estropié :
— le laquais :
— le cocher :
— un maraud :
— rompre les bras à qqn :
Questions :
1. Qu’est-ce qu’un archevêque ? Son rôle dans l’Eglise est-il important ?
2. Comparez le début de cette lettre avec celui de la précédente. Le récit commence-t-il de la même façon ?
3. Comment le suspense est-il entretenu dans cette lettre ?
4. De « ils rencontrent » à « se mettent à crier », le présent de l’indicatif traduit-il des actions passées, présentes au futures ?
Un homme qui se pense au-dessus des lois :
1. Quels indices montrent que l’archevêque a une haute opinion de lui-même ?
2. L’homme à cheval est-il responsable de l’accident ?
3. De quelle manière l’archevêque réagit-il ? Qu’en pensez-vous ?
Synthèse :
Expliquez comment Madame de Sévigné parvient à animer son récit, et à le rendre drôle et vivant.
Mise en bouche ;
Lecture à voix haute : attention à bien marquer les intentions de l’auteur (que veut-elle donner à entendre, au-delà de la simple anecdote ? Marquez les jugements implicites en marge du texte pour vous aider à trouver les intonations justes).
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II. Éléments de base pour une séance d’étude des Précieuses ridicules :
Séance 6 :
Vocabulaire :
Scène XV :
se rire de quelqu’un : se moquer
à nos dépens : à nos frais (sur leur temps de service)
débaucher : distraire de son travail
la braverie : la belle allure
le marquisat et la vicomté : les attributs du marquis et du vicomte
supplanter : triompher d’un rival
la Fortune : la chance, le destin
l’inconstance : l’infidélité, le caractère changeant
la moindre chose : la plus petite chose
des hardes : des vêtements
en l’état qu’ils sont : dans l’état dans lequel ils sont
continuer vos amours : continuer vos histoires d’amour.
protester : signifie ici « assurer », « promettre ».
quelle confusion : quelle honte !
le dépit : le fait d’être vexée et honteuse de s’être laissée berner / tromper
Scène XVI :
de belles affaires : de belles histoires
une pièce sanglante : une comédie lourde de conséquences
l’impertinence : la prétention, l’incapacité à se contenter de ce qui convient à son rang social
se ressentir de : se vexer
boire un affront : avaler une injure
je mourrai en la peine : je mourrai de chagrin et de dépit
voilà ce que c’est que du monde : voilà ce qu’est le monde
la disgrâce : ici, un mauvais coup du sort
chérir : aimer
la vaine apparence : l’apparence extérieure, vaniteuse, vide, sans valeur
la vertu : les vraies qualités
entendre que : vouloir que
à leur défaut : à leur place
dont je vous veux payer : dont je veux vous payer
je ne sais ce qui me tient que je ne vous en fasse autant : je ne sais pas ce qui me retient de vous traiter de la même manière
servir de fable et de risée : tout le monde va raconter notre histoire et se moquer de nous
s’attirer quelque chose : être la cause de ses propres ennuis
une extravagance : un comportement inadapté
pour jamais : pour toujours
billevesées : imaginations délirantes
pernicieux : qui est cause du mal
oisifs : inactifs
sonnets et sonnettes : plaisanterie traditionnelle, jeu de mots.
Séance 6 :
Scènes XV, XVI, XVII.
1. Relevez les marques de l’indignation chez la Grange et Du Croisy.
2. Quels sont les sentiments exprimés tour à tour par Cathos et Magdelon ?
3. Quelles sont les réactions des deux valets ?
4. Comment réagit Gorgibus ?
5. Que s’est-il passé entre la scène XV et la scène XVI ?
6. Quelle est la « morale » exprimée par Mascarille, pour ce qui concerne les relations humaines ?
7. L’intervention finale de Gorgibus : ce personnage a le « mot de la fin ». Quelle leçon retire-t-il des événements qui viennent de se dérouler ? Que craint-il au juste ? A qui s’adresse sa dernière phrase (quatrième mur, destination interne, externe)
Finalement…
1. Quel a pu être l’effet de la pièce sur le public du XVIIe siècle ?
2. Dans cette pièce, les personnages sont tous des modèles négatifs, aucun ne donne espoir en l’humain. Qu’en pensez-vous ?
3. Comment apparaissent les relations amoureuses, si l’on suit la leçon de la pièce ?
4. Que penser de la société, telle que Molière la décrit ?
5. A quoi peut servir, pour Molière, de faire jouer une telle pièce ?
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III. Transcription du travail oral de retour sur la représentation du Misanthrope :
Sortie de classe
Après avoir vu la pièce, les élèves formulent leurs remarques par écrit, sans consigne particulière autre que « dix lignes minimum ». Les passages les plus péremptoire, énigmatiques ou intéressants de ces billets d’humeur sont relevés pour être ensuite explicités en classe. L’oral est enregistré.
Les remarques des élèves se répartissent selon deux grands axes : l’expérience du théâtre et le jeu des comédiens d’une part, et le sens du texte d’autre part.
Séance 1 : mercredi 9 mai, de 8 à 9 heures.
Abdessalam :
« Le Misanthrope est une pièce très réaliste. »
Ca veut dire que cette pièce, quand elle est jouée, quand elle est sur scène, on a l’impression que c’est vrai. Pourquoi ? Les comédiens, la scène. La façon dont ils jouent. Dont ils parlent. Et le texte ? Quand on a une bonne scène, on a des bons comédiens, ça donne une bonne pièce. Des bons comédiens ? Qui jouent bien leur texte. Alors c’est le texte qui est réaliste, qui est vrai ? Oui, c’est possible que ça soit vrai. Je ne sais pas.
Alors vous y avez cru, ça ne vous a pas paru « artificiel ? »
1. L’expérience théâtrale et le jeu des comédiens :
D’jims :
« Les comédiens jouaient bien leur rôle. »
Qu’est-ce qu’un comédien qui joue mal ? Il ne connaît pas son texte. Et puis ? L’intonation. Ils étaient bien habillés. Mais les costumes, c’est ce qui aurait dû vous dire « on n’est pas dans la réalité ».
Qu’est-ce que vous appelez un bon acteur ?
Abdessalam :
C’est quelqu’un qui ne se trompe pas, qui connaît bien son texte, qui n’a pas de trous, qui connaît bien sa façon de jouer chaque réplique. S’il a de bons textes et qu’il sait bien ce qu’il doit faire pendant chaque réplique. Il faut l’intonation, les gestes, tout ça. C’est ces gestes qui nous ont captivés. Ca se voit qu’il a du plaisir à jouer.
Mais quand le texte est sombre, où est le plaisir du comédien ? Juste de faire des gestes, et les gens croient que c’est vrai, lui il ne le pense pas.
Darry :
Oui, mais s’il y a un bon acteur, lui aussi il ressent les émotions des gens. Faut que lui aussi il ressente les émotions du personnage, sinon ça ne marche pas. ? Faut se mettre dans la peau du personnage, donc, faut sentir les émotions à sa place, et après, dès qu’on a le costume… Et à un moment donné faut qu’il arrête d’y croire.
Pourquoi ? parce que sinon, il va rester dans la peau du personnage, et ça ne passera pas, parce qu’on va avoir quelqu’un qui est énervé vraiment.
Meriem :
En fait, le comédien doit nous faire ressentir les sentiments aussi. Les sentiments de la pièce. Au public. Il doit nous faire rentrer dans la peau du personnage, quand on est le public, pour qu’on soit intéressés.
On doit rentrer, nous, dans la peau des personnages, ce n’est plus l’acteur mais chacun d’entre nous qui rentrons dans le personnage grâce à l’acteur ? Oui surtout dans la peau d’Alceste. Et Philinte ? En fait on rentre plutôt dans la peau des deux, parce qu’en fait chacun a raison et chacun a tort. Tu rentres dans les deux tour à tour ? Oui, on a l’impression de plus se comprendre, mais on peut pas dire dans quel camp on est, parce que d’un côté, aussi, on est hypocrites et…
Liangwen :
« Leurs voix, gestes, expressions sont bien différents des nôtres. »
C’est que nous, on ne fait pas les mêmes gestes, leur voix elle est forte. Tu as senti qu’elle était travaillée ? Oui. Les expressions sont fortes. Leurs gestes ? Très différents. Plus petits ? Je ne sais pas, je n’arrive pas à dire.
Au théâtre, les gestes sont différents de ceux du quotidien. Ex : la danse du sonnet. Ce ne sont pas les mêmes que les nôtres. Ils sont agrandis, finis, plus nets, marqués, accusés. Si on jouait comme dans la vie, on n’y croirait pas, c’est bizarre. Donc on y croit, parce que c’est différent. Au théâtre, si on a l’impression que c’est la vraie vie, c’est parce que c’est très différent. Pas comme dans les mauvais feuilletons.
Kouloud :
« Un acteur doit bien être dans la peau de son personnage. »
« Il ne pense pas à lui, c’est pas comme si c’était la vraie vie. Le comédien, il est pas comme ça dans la vraie vie, il s’oublie pendant qu’il joue. »
Darry :
En fait, l’acteur doit aussi avoir le même sentiment que le personnage. Michel doit éprouver le même dégoût que Alceste ? Oui, mais un peu moins. Pourquoi ? Parce que personne ne peut être comme lui. Pourquoi ? Parce que lui, il est comme un fou.
Meriem :
En fait, ils l’ont choisi parce qu’au théâtre, on essaie de prendre un acteur qui ressemble le plus au personnage. Physiquement ou surtout moralement, comme ça il s’intègre mieux dans sa peau.
En repensant à votre expérience : est-ce que vous étiez forcément à l’aise dans les rôles dont votre caractère vous rapproche ?
Kahina
Est-ce que tu es comme Magdelon dans la réalité ? Non. Qu’est-ce qui t’a permis de jouer ce rôle correctement ? Je l’aimais bien. J’aimais bien jouer ce rôle. Je ne sais pas pourquoi.
Kouloud
Justement, parce que c’est l’opposé de son caractère à elle. Comme ça elle pourrait jouer un autre rôle. Ce qui suppose qu’on joue déjà un rôle dans la vie ? Se créer une nouvelle personnalité. Ressentir les sentiments. Faire un autre personnage. Découvrir un autre personnage.
Cette réflexion permet de poser les bases de la discussion qu’on aura avec Michel Mourterot quand il viendra.
Fathi :
« On entendait bien les rimes que faisaient les acteurs. »
C’était bien, je sais pas pourquoi, c’est rythmé. C’est musical.
Séance 2 : vendredi 11 mai, de 11 à 12 heures.
2. Le texte et les idées de la pièce :
Ludwig :
« C’est beaucoup mieux que de lire le livre ».
C’est plus intéressant, parce qu’on se fatigue pas. Dans le livre, il y avait des difficultés de vocabulaire. Gommées par le jeu des comédiens ? Oui, un peu, parce qu’on s’intéresse plus aux comédiens qu’au texte. Pourquoi ? Parce qu’ils font des gestes, et si on s’intéresse au texte, on perd les gestes.
Meriem :
Oui, c’est mieux, parce que le texte, on ressent rien, on le lit tout simplement, on le pense, mais on voit pas très bien, on voit pas visuellement, ça nous fait rien… enfin, pas rien ressentir, mais ça nous donne le minimum de sentiments, en fait. Alors le vrai moyen de communication, ce n’est pas le texte, c’est le jeu du comédien ?
Darry :
En fait, quand on regarde les comédiens jouer, des fois ils ne disent pas tout ce qui est marqué dans le livre. Ca enlève rien au sentiment quand on les regarde.
Abdessalam :
C’est mieux quand on est au théâtre, parce qu’avec le jeu des comédiens, on n’a pas besoin de se faire d’images. Quand on lit…
Ludwig
Quand on lit le texte, on n’a pas l’image comme quand on est au théâtre, parce que quand on est au théâtre, on peut rigoler, on sait le moment où il faut rigoler. Comment ? A cause du visage des personnages.
Fathi
C’est mieux d’aller au théâtre, parce que même si il y a des mots qu’on ne connaît pas, qu’on ne comprend pas, grâce à leur jeu et comment ils disent le texte, on peu comprendre le mot.
Meriem :
Par l’attitude aussi, leur façon de jouer, l’attitude. Leur façon d’être habillés aussi. Etre accueilli par les comédiens en costume, au début ? Moi au début, ça m’a un peu gênée, étonnée. Ça fait rire aussi, en même temps, ça fait penser à une étourderie. Vous avez cherché à deviner qui étaient les personnages. (Fabrication des costumes, des chaussures.)
Fathi :
Ca dépend des personnages, on ne les reconnaît pas tous, celui qui ne parlait pas, là… Le valet. Voilà, ses habits, ils n’étaient pas comme les autres.
Moustapha :
« J’ai aimé car tout le monde aime quelqu’un et déteste quelqu’un. »
Parce que déjà si personne déteste quelqu’un, la paix, ça ne va pas être amusant. Si personne aime quelqu’un, aussi, elle va pas être amusante, la pièce. Pourquoi ? La haine et l’amour sont source de comique ? Tu dis que ça t’amuse… Parce que quand ils se disputent c’est pour de l’amour, et quand ils se parlent normalement, il y a un peu de haine. Quand ils essaient de se dire qu’ils s’aiment, ils sont violents. Je suis d’accord, ça crée un contraste qui est en effet comique.
Darry
En fait, ça fait une équivalence, en fait, un équilibre, si on mélange les trucs, la haine et l’amour à la même dose. Si on met plus de haine ça donne un truc plutôt triste, si on met plus d’amour ça donne un truc plutôt gai. Et si on mélange entre les deux, ça donne un truc plutôt comique. Donc tu dis que dans Le Misanthrope, il y a un équilibre entre la haine et l’amour ? Oui, je pense.
Samia
Dans une relation, s’il n’y a pas de haine, ça veut dire qu’il n’éprouve pas de sentiments pour elle. C’est l’amour vache alors ? Il est là pour elle, mais sans en être fou. Alors tu penses qu’Alceste est l’amoureux modèle, qu’il faut que les hommes soient amoureux comme lui ? Oui.
Fathi
Mais s’il n’y a pas de haine, pourquoi il reste avec elle ? Est-ce que haine est le bon mot ? Jalousie. Si une femme est avec un homme, et qu’ils se fâchent pas, qu’ils s’eng… pas, ils ne sont pas amoureux. Mais jaloux, autant qu’Alceste ? Au point de vouloir se retirer « au désert » avec elle ? Bah, elle ne veut pas le suivre. Mais il a raison.
Meriem :
On peut dire aussi que Le Misanthrope, c’est un cercle amoureux qui intègre en même temps la haine d’une personne. Aussi, ce qui rend marrant la pièce, c’est que la haine et l’amour c’est deux opposés, alors ça fait que ça peut devenir marrant.
Bilel :
En fait, quelqu’un aime quelqu’un et quelqu’un déteste quelqu’un. Et donc ? Aimer quelqu’un c’est aussi le détester ? Non. Je ne sais pas comment expliquer.
Fathi :
C’est un autre truc. Si un homme est jaloux, et si quelqu’un approche de celle qu’il aime, il va s’énerver, et la façon dont il frappe, c’est marrant. A quel moment de la pièce ? je ne sais plus, j’ai oublié.
Oronte, à la fin de la pièce, quand il demande à Célimène de choisir entre Alceste et lui.
Anissa :
« C’est une pièce tragique. Alceste sait ce que le mot amour veut dire grâce à Célimène. »
En fait, si je dis tragique, c’est parce que Alceste aime Célimène, et que Célimène le trompe avec les autres, et qu’à la fin ils ne se retrouvent pas. Est-ce qu’elle le trompe ? Non, mais elle voit les autres. Donc tragique, c’est une histoire qui finit mal ? Oui. Et qui est triste. Alors, en littérature, on ajoute l’idée que tout est joué d’avance, que les personnages n’échappent pas à leur destin, que tout est déjà décidé. Exemple : Bérénice, Racine. A ton avis, est-ce que dans Le Misanthrope, tout était couru d’avance ? Non, parce qu’on ne savait pas au début qu’elle voyait les autres marquis.
Bilel :
Je veux reprendre sur l’amour dans la pièce. J’ai fait un schéma, j’ai inventé les prénoms. Une personne, elle s’appelle Roger, une fille elle s’appelle Célimène, elle est amoureuse de Roger, Roger aime un peu Célimène. Une fille, Monique, va faire tout pour tuer Célimène, comme ça elle va rester avec Roger. C’est un peu ce qui se passe, je pense, dans la pièce. Oui, la fille c’est Arsinoé et le monsieur, c’est Alceste. Oui, c’est le rapport de rivalité. Plein de gens, avant, ils faisaient tout pour être avec la personne. C’est le triangle amoureux.
Est-ce que le caractère d’Alceste ne remplace pas le destin ? Est-ce qu’il peut espérer sortir marié à la fin de la pièce, avec le caractère qu’il a ?
Meriem :
Bah non, il est amoureux, oui, mais il s’y prend mal. Ce n’est pas comme ça qu’on essaie de plaire à une fille. Je ne sais pas, il est grincheux.
Darry :
En fait, il a trop un sale caractère, lui-même il va rejeter la personne. C’est ça son destin. A la fin, Célimène est abandonnée de tous. Alceste reste seul avec elle, il lui propose de l’épouser et de partir « au désert », Célimène refuse. Il veut se donner du courage. Comme elle a été rejetée par tout le monde, c’était le seul moyen, en fait, qu’il trouve quelqu’un.
Meriem :
En fait, on pourrait dire que Alceste est aveuglé par l’amour, après tout le mal que Célimène a fait à Alceste.
Samia :
Mais son avenir est déjà fait, il est déjà écrit, de tout le monde, de toutes les personnes. On ne va pas ouvrir le débat, on en parlera une autre fois. Réfléchissez au sens du mot amour pour Alceste.
Anissa :
Il tombe amoureux de Célimène, après il sait ce que c’est. ? C’est la joie ; c’est... Pour Alceste ? Non. Un être humain, il peut l’aimer aussi. Alors il se contredit lui-même ? Oui, parce qu’il dit que les êtres humains ne méritent pas qu’on les aime.
Meriem :
Lui, il veut un amour, euh, sa pensée de l’amour, c’est la sombreté, enfin je ne sais pas si ça existe, ça doit être sombre. Violent, entre guillemets ; les deux personnes doivent s’aimer, mais sans tout à fait s’aimer, enfin ils s’eng… enfin, je ne sais pas comment le dire. Ils restent en conflit ? Oui.
Darry :
En fait, pour Alceste l’amour c’est que la vérité. Parce que la plupart du temps, il demande à Célimène de lui dire la vérité, mais lui aussi, il arrive pas à dire la vérité. Donc à la fin, ça finira mal. Et si Célimène avait été comme lui, çà la fin ils se seraient quand même pas retrouver, parce qu’à force de dire toujours la vérité, on finit par blesser les gens.
Abdessalam :
En fait, il ne ressent des sentiments que pour Célimène. C’est elle, ou rien. Pour lui, il aime qu’une femme et ça sera elle pour toujours malgré tout ce qui lui déplaît, c’est comme ça.
Kahina :
Pour Alceste, l’amour c’est un sentiment. Agréable à ressentir ? Ah, non. Pour Célimène, c’est quoi l’amour ? Etre aimée, être joyeux. Faire rire les hommes, les faire tourner en bourrique.
(Il manque ici les deux interventions les plus riches, qui n’ont pas encore été commentées faute de temps)…