Réponse de Romain Vignest, vice-président de l'APL, à Monsieur Henri LOYRETTE, président-directeur du Louvre (5 avril 2005).

 

 

 Monsieur,

 

  

Je vous remercie d’avoir pris la peine de répondre à ma lettre du 16 mars dernier, qui accompagnait le vœu de l’assemblée générale de l’APL sur l’entrée des professeurs au Musée du Louvre.

Croyez bien que nous sommes convaincus de votre volonté de favoriser la venue du jeune public et la coopération entre le Musée et les professeurs, et que nous connaissons la qualité des actions mises en œuvre par le Louvre.

Votre lettre ne répond toutefois pas à notre objection majeure, qui est celle de la « formation continue » (bien comprise) des professeurs. Qu'il faille les encourager à mener leurs élèves au Louvre, nous en sommes bien sûr d’accord, mais ils y vont aussi pour continuer à s’enrichir et, partant, à enrichir leurs cours. D'ailleurs, autant que les visites dans les musées, l'enseignement qui leur est dispensé prépare et conduit de nombreux jeunes gens à se rendre seuls et d'eux-mêmes au Louvre. Cette formation, parce qu'elle tient à la nature même de la mission du professeur, doit être gratuite.

Ce n'est pas qu'une position de principe. Il est bien évident en effet qu'un professeur de mathématiques ou de physique inscrira plus difficilement et plus rarement dans son cours une visite au Louvre qu'un collègue de lettres ou d'histoire. Il n'en doit pas moins montrer à ses élèves que toutes les connaissances humaines confluent et se subliment en l'art et que cela s'appelle la civilisation : doit-il y renoncer ? ou se dissoudre dans des projets transdisciplinaires ? Il est évident aussi et surtout qu'un professeur de Digne, de Biarritz ou de Fort-de-France n'a pas autant d'occasions et de facilité pour emmener ses classes au Louvre qu'un collègue de Paris, de Melun ou même d'Amiens (et n'amortira pas sa carte Louvre professionnels...). Il n'en est pas moins nécessaire qu'il s'y rende quand il le peut, sans payer plus cher que les autres. L'histoire et du lieu et du musée font du Louvre le musée national par excellence et, pour ainsi dire, le cœur patrimonial de la nation : ces mesures nous paraissent en somme une atteinte, au moins symbolique, à son unité.

Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

  

 

 

Romain VIGNEST