Transcription de l'intervention de Romain Vignest à l'audience du 14 janvier 2004, sur les missions, les finalités et les valeurs de l'école.
Les fins assignées à l'enseignement en gouvernent à notre sens le contenu et l'organisation générale. Or nous croyons que le système éducatif vise à former d'abord des citoyens et aussi des professionnels.
« Pour faire un citoyen, commençons par faire un homme » écrivait Victor Hugo ; pour nous un citoyen, c'est un homme libre, informé, qui pense par lui-même sans être l'otage d'aucun dogmatisme. C'est pourquoi, à nos yeux aussi « la laïcité n'est pas négociable ». C'est pourquoi également nous pensons que c'est par l'instruction que l'on fait un citoyen, en formant son intelligence et en lui donnant un nombre important de connaissances.
Cela implique d'abord qu'il maîtrise la langue, qu'il maîtrise le français. À cet égard, on ne peut que constater un échec patent, dont la violence scolaire est d'ailleurs un symptôme, des méthodes et de la pédagogie développées ces dernières années : rien en effet, aucun handicap d'aucune sorte, ne peut justifier qu'après neuf années à apprendre le français, cinq à l'École primaire et quatre au Collège, les élèves arrivent en seconde quelle qu'elle soit dans l'état de dénuement linguistique qui est le leur. Nous pensons qu'il est urgent de rompre avec la méthode semi-globale, de rétablir l'enseignement de la grammaire et de l'orthographe, de faire lire et écrire massivement, dès l'école primaire et dans le cadre d'horaires spécifiques.
Nous pensons aussi qu'il faut préserver et développer les exercices rigoureux qui forment à une réflexion objective : la démonstration mathématique, l'analyse grammaticale et logique, la dissertation... On a trop longtemps, au Collège notamment, flatté une subjectivité, voire un solipsisme, impotente.
Enfin, parce qu'on ne pense pas à vide, la culture doit retrouver une place centrale dans le système éducatif, culture historique, littéraire, artistique, scientifique, technologique, nécessaire pour comprendre le monde actuel, se situer dans l'histoire, se grandir des grandes oeuvres : il s'agit de nourrir le jugement et de permettre à la personne de se construire dans sa totalité et contre tout déterminisme, qu'il soit social, ethnique ou « sociétal ». Ce doit être le cas dès le collège puis selon différentes modalités dans les différentes séries des différents lycées. Depuis trop longtemps, la connaissance a été dévaluée au profit de compétences fonctionnant à vide et l'on passe son temps à apprendre à apprendre... sans rien apprendre. Ainsi, nous sommes opposés à une politique d'« optionnalisation » des savoirs, qui repose sur l'idée absurde que l'élève pourrait décider ce qu'il doit apprendre, qui a déjà marginalisé des disciplines aussi fondamentales que le latin et le grec et qui aboutit à une formation étroite, appauvrie.
Il convient enfin de ne pas oublier que le citoyen que nous avons à former est un citoyen français, citoyen de la République française. Nous pensons que l'éducation civique doit être chevillée à la connaissance de l'histoire de la République et plus généralement de notre pays. Nous devons aussi permettre aux jeunes Français de s'approprier le patrimoine national, ainsi que son substrat antique. La citoyenneté et la nation sont en France fondées non sur l'ethnie mais sur l'héritage d'un patrimoine d'ailleurs largement universel (car constitué des oeuvres de l'esprit) et une fraternité offerts à tous : tous doivent se sentir héritiers, tous doivent se sentir Français.
Les professeurs ont aussi à former de futurs professionnels. Or la nation a besoin que ces professionnels, s'ils disposent d'une solide culture commune, aient bénéficié de formations diversifiées ; elle a besoin de littéraires, de scientifiques, de techniciens, dans leurs diversités respectives. Aussi sommes-nous opposés à l'idée d'un lycée unique, parce qu'il implique la baisse du niveau des enseignements dispensés. On peut d'ailleurs se demander s'il est financièrement rentable d'allonger la durée des études si leur qualité et les qualifications qu'elles confèrent se dégradent... Nous sommes partisans de filières fortement structurées pour un haut niveau de formation et refusons le report sur les premiers cycles des universités d'apprentissages jusqu'il y a peu acquis au lycée voire au collège. Nous pensons aussi que l'orientation des élèves doit être plus rigoureuse et que le conseil de classe doit retrouver ses prérogatives en la matière.
Pour conclure en un mot, je dirai qu'à nos yeux la connaissance, dispensée à un haut niveau, est la condition pour ainsi dire universelle d'un système éducatif efficace et bénéfique pour tous et pour chacun.