VŒU DE L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
SUR LA FORMATION PÉDAGOGIQUE ET DIDACTIQUE
DES PROFESSEURS DU SECOND DEGRÉ
L'A.P.L. rappelle que les professeurs sont les professionnels auxquels la Nation a confié, notamment, le soin d'assurer le développement cognitif des élèves et de leur transmettre les connaissances acquises, dans le cadre des finalités et objectifs généraux de l'enseignement dans une démocratie républicaine, c'est-à-dire la formation de l'homme et du citoyen, en vue de former des êtres libres et responsables.
L'A.P.L. rappelle que l'enseignement est un métier qui requiert une formation professionnelle à la fois sur le plan scientifique, par une formation disciplinaire de haut niveau, et sur le plan pédago-didactique, ce qui interdit de confier cette mission à des personnes qui n'ont pas complété leur formation disciplinaire de haut niveau, préalable indispensable, par une formation pédago-didactique réelle.
L'A.P.L. rappelle que, en raison de sa nature même, la formation pédago-didactique ne peut prendre place qu'après que le futur professeur a acquis une maîtrise des connaissances et des méthodes de sa discipline telle que non seulement il connaisse le domaine qui est le sien, mais aussi qu’il puisse soumettre à un examen critique ce qu’il a appris et le progrès des connaissances pour être à même d’en tirer le meilleur parti pour son enseignement.
L'A.P.L. demande que, pour tous les lauréats des concours de recrutement, qui doivent valider la formation scientifique disciplinaire, l'année qui suit la réussite au concours soit exclusivement une année de formation pédago-didactique, au cours de laquelle ces futurs professeurs doivent avoir le statut de professeurs-stagiaires.
L'A.P.L. demande que cette formation pédago-didactique soit conforme à la spécificité de la profession de professeur, qui est, à la fois, un métier et un art, puisqu'elle exige que, pour prendre en compte la réalité perpétuellement changeante d'une classe, l'enseignant effectue à chaque heure de classe, non seulement des choix scientifiques, qui relèvent de sa compétence disciplinaire, mais aussi des choix pédagogiques et didactiques, qui relèvent de sa compétence pédago-didactique. En effet, dans le cadre de la classe, l’enseignement, c’est-à-dire la formation d’esprit et la transmission des connaissances, est toujours l’acte individuel d’une personne, même si le professeur travaille en collaboration avec ses collègues. Par nature, cet acte se situe dans le cadre de la relation inter-individuelle qui se crée entre le professeur et ses élèves et entre les élèves. Ainsi, l’acte d’enseigner se caractérise par l’interaction qui s’établit nécessairement entre les caractéristiques, affectives et cognitives, de chacun. En conséquence, la pédagogie mise en oeuvre par le professeur pour atteindre les objectifs opérationnels relève de sa seule responsabilité.
L'A.P.L. demande, donc, puisque la fonction de professeur ne peut pas être considérée comme une fonction de simple exécution, que la formation pédago-didactique, au lieu de viser à transmettre un savoir-faire, pire une méthode unique, soit conçue de façon à donner au professeur les connaissances propres à lui permettre d'effectuer en pleine connaissances de cause les choix qu'il est le seul à pouvoir effectuer de façon pertinente.
L'A.P.L. demande que, sur l'année, le temps consacré à cette formation n'excède pas les deux tiers de la durée de service d'un professeur certifié, de façon à permettre au professeur stagiaire de compléter ses connaissances, de les mettre en rapport avec les réalités de l'enseignement, et d'approfondir sa réflexion personnelle sur l'exercice de son métier
L'A.P.L. demande que cette formation pédago-didactique comprenne, à la fois et de façon complémentaire, une formation pratique et une formation théorique.
L'A.P.L. demande que la formation pratique se présente sous la forme de six stages, de trente heures chacun, effectués dans des classes différentes et comprenant, chacun, observation, pratique effective et discussion critique entre les stagiaires et le professeur de la classe. L'un des stages doit être effectué dans une école primaire, notamment en vue de faciliter la liaison entre le primaire et le secondaire, les cinq autres doivent être répartis entre le collège et le lycée, dans au moins trois établissements différents, notamment sur le plan sociologique.
L'A.P.L. demande que la formation théorique soit composée de six modules, de trente heures chacun, qui comprennent, à la fois, des conférences suivies d'une discussion critique, et des séminaires courts, que chaque module soit assuré par plusieurs universitaires et chercheurs, et par des praticiens reconnus de la discipline concernée. Le contenu de chaque module doit permettre au professeur stagiaire de prendre conscience de la diversité des approches, des théories et des modèles de la discipline présentée : la qualité et la diversité des intervenants permettent seules l'approche critique nécessaire.
L'A.P.L. demande que le contenu de ces six modules soit le suivant : histoire et philosophie de l'éducation, sociologie du système éducatif français ; les systèmes éducatifs français et étrangers et leur organisation administrative ; psychologie et neuropsychologie ; psychanalyse ; neurobiologie ; docimologie et didactique de la discipline enseignée.
L'A.P.L. demande que la formation professionnelle soit validée par un entretien entre le professeur en formation, les enseignants qui ont assuré les stages pratiques, et un Inspecteur Général de la discipline. Elle demande aussi que l'évaluation du travail du professeur, tout au long de sa carrière, soit réalisée exclusivement par des personnels extérieurs à l'établissement, spécialistes de la discipline enseignée, et qu'elle vise, non à apprécier une « conformité » à un modèle, mais à apprécier la pertinence des choix de l'enseignant et à le conseiller dans sa démarche.
Paris, le 28 mars 2010